Cyclisme: Pogacar et le rêve du Grand Chelem
La victoire époustouflante de Tadej Pogacar samedi à Milan-Sanremo place le Slovène pour la première fois dans la position de pouvoir gagner les cinq Monuments en une saison, un exploit tellement irréel qu'aucun coureur ne l'a jamais réalisé.
Interrogé sur les classiques flandriennes à venir, le double champion du monde a insisté qu'il lui faudrait d'abord un peu de temps pour laisser infuser son succès sur la Primavera qui était devenue sa principale obsession.
Mais le rêve d'un Grand Chelem inédit, qui passe par des victoires au Tour des Flandres le 5 avril, Paris-Roubaix le dimanche suivant, Liège-Bastogne-Liège le 26 avril et enfin le Tour de Lombardie le 10 octobre, est bien né.
Et Pogi a clairement ses chances de réussir ce que même le grand Eddy Merckx, un des trois coureurs avec deux autres Belges, Rik Van Looy et Roger de Vlaeminck, à avoir gagné les cinq plus grandes classiques dans sa carrière, n'est jamais parvenu à faire sur une année calendaire.
Le Tour des Flandres, la prochaine course au menu de Pogacar, a déjà été remporté à deux reprises par le Slovène qui trouve sur les raides monts pavés du Ronde un terrain d'expression parfait.
Il sera encore plus l'immense favori sur Liège-Bastogne-Liège, qu'il a gagné trois fois, et surtout le Tour de Lombardie, où il n'a jamais perdu en cinq participations.
Reste Paris-Roubaix, le dernier Monument qui lui manque et qui, maintenant qu'il a réussi à résoudre l'équation de la Primavera, constitue son dernier grand défi.
- A Roubaix "pour gagner" -
"La forme est bonne et j'irai au Tour des Flandres et à Roubaix avec une équipe très forte. On ira pour gagner les deux courses. J'ai hâte d'y être", a souligné le leader d'UAE après sa victoire épique sur la Classicissima, malgré une chute qui l'a obligé à remonter tout le peloton avant de battre Tom Pidcock au sprint.
Sur le papier, l'Enfer du nord où les costauds font la loi est un territoire interdit pour un grimpeur comme lui: au XXIe siècle, les vainqueurs au vélodrome de Roubaix pesaient en moyenne autour de 77 kg. Il en affiche dix de moins sur la balance.
Mais sa deuxième place l'an dernier dès sa première participation a montré qu'il était capable de briller également sur ce terrain.
"Il a plus de chances de gagner Roubaix qu'il n'en avait de gagner Milan-Sanremo", en conclut le vétéran italien Matteo Trentin, son ex-coéquipier et toujours partenaire d'entraînement dans la région de Monaco.
Comme à Sanremo, le principal adversaire sur les pavés du Nord s'appelle Mathieu van der Poel, triple vainqueur sortant. Mais il faudra évaluer l'impact de sa défaite samedi à Sanremo où le Néerlandais a clairement accusé le coup face à son grand rival des classiques – à eux deux ils ont remporté les... dix derniers Monuments.
Dimanche, MVDP a répondu à un post de Pogacar sur Instagram par un simple emoji d'une chèvre, "goat" en anglais, comme Greatest of All Time, le meilleur de tous les temps.
- "Mentalité incroyable" -
Et Pogacar, qui a allégé son programme au maximum cette saison, semble plus déterminé que jamais.
"Sa mentalité, le fait de se battre comme il l'a fait après sa chute pour revenir, est incroyable, a commenté Tom Pidcock. C'est le meilleur de tous les temps et il n'avait pas besoin de ça, non ? Il a déjà tellement gagné et était visiblement en souffrance après sa chute. Mais il a continué à batailler. Incroyable."
Pogacar arrivera aussi davantage préparé sur Roubaix que l'année dernière où sa participation avait été annoncée tardivement, le temps de passer outre les réticences dans son équipe, effrayée par les risques d'une chute.
Après de premières reconnaissances du parcours en décembre, il est retourné dans le Nord début mars après sa victoire sur les Strade Bianche pour "deux journées riches" avec son coéquipier belge Florian Vermeersch.
"On a mis beaucoup d'efforts cet hiver pour préparer Roubaix", a-t-il insisté samedi soir. Des efforts qu'il aimerait voir payer le 12 avril pour compléter sa collection.
Il sera toujours temps ensuite de penser aux autres grands objectifs de cette année: égaler le record de cinq victoires dans le Tour de France et décrocher un troisième titre consécutif de champion du monde.
S. Soares--JDB