Manifestations de samedi: Lecornu convoque une cellule de crise, désaccord sur le parcours parisien
Lycéens, étudiants, gilets jaunes, militants du climat et syndicalistes se préparaient vendredi à faire converger leurs colères samedi dans la rue, conduisant le gouvernement à convoquer une cellule de crise, après un mois de mouvement lycéen.
Dans toute la France, environ 500 actions sont "envisagées" et plus de 90 manifestations sont "en cours de structuration", selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, qui anticipe des "débordements", prévenant que "les actions de blocage sur des axes structurants et des équipements majeurs, importants, essentiels, ne seront pas tolérées".
A l'issue d'une réunion avec les représentants des organisateurs de la mobilisation sociale de samedi (AG Interfac IDF, Union syndicale lycéenne, gilets jaunes, CGT etc...) le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a annoncé qu'il n'y avait pas d'accord entre ses services et les organisateurs sur le parcours du cortège parisien et que ses services "travaillaient" à un accord.
Le désaccord porte sur le lieu d'arrivée de la manifestation, la préfecture de police (PP) refusant une arrivée dans le centre de Paris (Opéra, Concorde). La PP propose comme parcours alternatif de la place de la Bastille à la place de Clichy, ce que la CGT et le Mouvement du 26 septembre pour le climat ont accepté, mais pas les organisations lycéennes et étudiantes ni les gilets jaunes.
"Les manifestations qui se dirigent vers les lieux de pouvoir sont refusées, ce n'est pas normal", a déploré Coppélia Moreau, du comité Ile-de-France l'Interfac après la réunion en préfecture.
"Il faut rester organisé, structuré, uni face à ce gouvernement, face à la préfecture, face à la police qui veut nous désorganiser sans cesse", a jugé Eloïse Lefebvre Milon de l'Union étudiante.
- "Le pouvoir a peur" -
"Ce n'est pas juste un mouvement de gilets jaunes, ce n'est pas juste un mouvement d'étudiants et de lycéens et de lycéennes, c'est le peuple tout entier qui est en train de se lever et c'est pour ça que le pouvoir a peur", a estimé pour sa part Benjamin Ball, éditeur du site sur le 17 octobre, bloquons-Tout et marches du climat du 26 septembre.
Les revendications multiples de cette mobilisation, notamment contre la "vie chère", qui fédère gilets jaunes, agriculteurs ou encore chauffeurs de VTC, "rejoignent" celles de la jeunesse, a estimé sur France Inter la numéro un de la CGT Sophie Binet, contestant tout "essoufflement" du mouvement des lycéens avancé par le gouvernement.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a jugé jeudi que le mouvement s'était transformé en "un mouvement de violences urbaines", qui fait "injure d'ailleurs aux lycéens".
Samedi, les grenades assourdissantes, dont l'usage a été suspendu "pour le mouvement lycéen", pourront être utilisées en cas de "violences urbaines extrêmement graves", a précisé le ministre de l'Intérieur vendredi.
Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise (CIC) en vue des mobilisations attendues, a appris l'AFP auprès de Matignon.
Selon une source policière, quelque 150.000 personnes devraient participer aux manifestations hors agglomération parisienne sous des formes très différentes selon les endroits. Les gilets jaunes ont annoncé un millier d'actions pour défendre le pouvoir d'achat, espérant notamment peser en plein débat budgétaire.
Les prévisions pour Paris se situent autour de 40.000 manifestants, selon la source policière.
- "Convergence des luttes" -
Depuis des semaines, des appels à ressortir le 17 octobre les gilets jaunes emblématiques des années 2018-2019 circulaient sur les réseaux sociaux mais ils ont enflé ces derniers jours, nourris par la colère des lycéens.
Après un mois de blocages d'établissements scolaires, le mouvement semblait s'essouffler vendredi à la veille des vacances de la Toussaint, malgré l'absence de nouvelles concessions du ministre de l'Education nationale Edouard Geffray lors d'une rencontre avec des organisations lycéennes jeudi soir.
Seule réponse concrète apportée pour le moment par le gouvernement: un plan d'urgence de remplacement de professeurs absents, qui s'est traduit par l'affectation depuis une semaine de 2.000 remplaçants, sur les 3.000 promis, selon le ministère de l'Éducation nationale.
L'Union syndicale lycéenne (USL), Les Lycéens! et Renouveau lycéen ont en conséquence tous appelé à poursuivre la mobilisation, estimant que les annonces ne répondaient pas aux difficultés dénoncées, notamment l'état du bâti scolaire, Parcoursup et les emplois du temps, au coeur de leur mobilisation.
La mobilisation se poursuivait également vendredi dans l'enseignement supérieur. À Lille, comme depuis deux semaines environ, l'accès à Sciences Po était bloqué par une trentaine d'étudiants, qui avaient entassé des bacs de poubelles devant l'entrée.
"J'ai un peu l'impression que (la journée de samedi, ndlr) va être une sorte d'aboutissement", dit Marie-Lou, 18 ans. "On va être rejoint par les travailleurs, par les gilets jaunes qui vont se remobiliser aussi, on a aussi un peu l'espoir qu'il y a la convergence de toutes les luttes".
Face au mécontentement dû à la hausse des prix des carburants, le gouvernement a par ailleurs publié vendredi un décret prolongeant jusqu'à la fin de l'année une aide de 100 euros aux grands rouleurs, tandis que le ministère des Transports déclare accélérer le versement de l'aide aux transporteurs routiers.
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P. da Silva--JDB