Pakistan: sursis pour des étudiants en médecine afghans menacés d'expulsion
Un tribunal pakistanais a suspendu vendredi un ordre du conseil médical du pays, qui visait à exclure des dizaines d'étudiants afghans des facultés de médecine et à les renvoyer dans leur pays.
"La Haute Cour de Lahore a prolongé l'ordonnance de séjour, empêchant l'expulsion de plus d'une centaine d'étudiants afghans des facultés de médecine jusqu'à la prochaine audience", précise la décision judiciaire consultée par l'AFP.
Le juge, Khalid Ishaq, n'a pas fixé de date pour la prochaine audience.
Le Conseil pakistanais des médecins et dentistes (PMDC) avait rappelé début septembre aux facultés qu'en vertu selon lui "de directives nationales", "les étudiants afghans inscrits dans des études médicales ou dentaires doivent rentrer en Afghanistan".
Soulignant qu'aucune "forme de facilitation de ressortissants afghans n'est autorisée pour la session universitaire actuelle", il donnait quelques jours aux facultés pour exclure, sous peine de sanctions, les étudiants inscrits.
La mesure avait été jugée "arbitraire et discriminatoire" par Amnesty International. Human Rights Watch avait appelé les autorités pakistanaises à "annuler cette décision" qui "menace la sécurité" des femmes afghanes.
- L'éducation, un droit fondamental -
S'exprimant après l'audience de vendredi, Mubin Ulfati, 24 ans, étudiant afghan en dernière année de médecine à Lahore (est), a déclaré à l'AFP: "Nous nous y attendions, car du point de vue des droits humains, l'éducation est notre droit fondamental. Donc nous étions sûrs à 100% du résultat".
Le tribunal de Lahore avait été saisi par des dizaines d'étudiants afghans et, le 11 septembre, un juge avait suspendu l'expulsion et ordonné qu'ils puissent poursuivre leurs études.
"Nous venions juste de rentrer de l'Université pour déjeuner quand nous avons reçu une notification disant que nous devions tout laisser et rentrer dans notre pays", avait raconté, avant l'audience de vendredi, l'une de ces étudiantes, âgée de 23 ans et en 2e année de médecine.
"Je me suis dit +Oh mon Dieu! La même chose qui nous est arrivée à nous les filles en Afghanistan, se passe dans un autre pays", avait-t-elle déploré dans un appel avec l'AFP à Kaboul, taisant son nom pour des raisons de sécurité.
Elle, qui a choisi médecine "parce que soigner une personne équivaut à soigner l'humanité", avait dû interrompre ses études lorsque le gouvernement taliban a interdit les universités aux femmes en 2022.
"Mais je n'ai pas abandonné", avait-elle ajouté, expliquant qu'elle était l'une des vingtaines d'Afghanes lauréates d'une bourse d'étude au Pakistan, sur 30.000 postulants.
L'un des avocats des étudiants, Asad Jamal, avait pour sa part expliqué à l'AFP que "l'ordre du PMDC est général et n'a laissé la chance à personne de dire pourquoi il ne devait pas être expulsé".
"Si la Haute Cour de Lahore estime que cette décision est illégale, cela aura des implications dans tout le pays", estimait-il, des recours ayant été déposés dans d'autres provinces, dont l'un rejeté au Baloutchistan (ouest).
- Visas non renouvelés -
Contacté par l'AFP, le PMDC n'a fait aucun commentaire.
Les relations entre le Pakistan et l'Afghanistan sont tendues et ont viré en guerre ouverte au début de l'année. Islamabad accuse son voisin d'abriter des insurgés ayant commis des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement taliban dément.
Depuis, 2023, le Pakistan a aussi massivement renvoyé des Afghans, dont certains réfugiés depuis des années. Plus de 2,5 millions sont rentrés en Afghanistan, la plupart de manière forcée, selon l'ONU.
Aujourd'hui, la délivrance des visas pour les Afghans est quasi "stoppée" et pas uniquement en médecine, affirme Ihsan Ullah Ahmadzai, étudiant en relations internationales à Islamabad, qui attend un renouvellement depuis mars.
Certains ont déjà été expulsés, avant même le dernier ordre du PMDC, ainsi un interne en ophtalmologie âgé de 33 ans, qui a essayé pendant plus d'un an de faire renouveler son visa, en vain. Interrompu en pleine opération d'un patient, il a été expulsé vers l'Afghanistan en deux jours.
"Nous sommes étudiants en médecine, nous ne faisons pas de politique", plaide-t-il. "Laissez-nous finir nos études (...) "et nous rentrerons chez nous exercer."
H. de Araujo--JDB