Carburants: Lecornu veut utiliser le surplus de recettes fiscales pour décarboner l'économie
Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.
L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.
Avant cette réunion à Matignon à 10H30 au parfum de Conseil des ministres, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.
Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.
"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a expliqué sur TF1 la porte-aprole du gouvernement Maud Bregeon.
Une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.
Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février, se prolonge.
Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le Rassemblement national. A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".
A gauche, LFI réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.
Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".
- Mobilisés -
Le prix du litre de gazole a atteint un record absolu depuis 1985 en moyenne hebdomadaire la semaine dernière, dépassant les plus hauts enregistrés après l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a quatre ans.
Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le Rassemblement national jugée trop onéreuse.
Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.
Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.
Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu vendredi qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.
Outre les carburants, les ministres discuteront également lors de leur réunion du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant notamment à rendre l'Etat plus efficace.
Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, au sortir des élections municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice
Le gouvernement veut notamment inscrire au menu au Parlement l'actualisation de la loi de programmation militaire, le projet de loi "Ripost" du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur la sécurité "du quotidien" (lutter contre le protoxyde d'azote, les mortiers d'artifice, les rodéos sauvages ou la consommation de stupéfiants) et le projet de loi du ministre de la Justice Gérald Darmanin sur la justice criminelle.
M. dos Santos--JDB