Bangladesh: le BNP revendique une large victoire aux législatives, les islamistes contestent
Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a revendiqué vendredi une large victoire aux premières élections législatives organisées depuis l'insurrection qui a causé la chute du régime de fer de Sheikh Hasina à l'été 2024, succès aussitôt contesté par ses rivaux islamistes.
Aux premières heures de la matinée, un haut responsable du BNP, Salahuddin Ahmed, s'est réjoui auprès de l'AFP de la "victoire attendue" de son camp lors du scrutin de jeudi, qui devrait faire de son chef Tarique Rahman le prochain Premier ministre du pays.
Mais son principal adversaire, la coalition dirigée par les islamistes du Jaamat-e-Islami, a publié peu après une déclaration remettant en cause ces résultats.
"Nous ne sommes pas satisfaits du processus entourant les résultats des élections", a indiqué le parti, dénonçant des "incohérences répétées ou des montages dans l'annonce des résultats provisoires" qui "posent de sérieuses questions sur l'intégrité" du processus.
Selon les projections publiées par les télévisions locales vendredi à 09h30 (03h30 GMT), le BNP est crédité de 212 des 300 sièges de la chambre unique du Parlement, soit une majorité de plus des deux tiers, contre 74 à la coalition du Jamaat-e-Islami.
Dans un message publiée sur les réseaux sociaux par leur ambassade à Dacca, les Etats-Unis ont félicité le BNP et Tarique Rahman pour leur "victoire historique".
Le Premier ministre indien Narendra Modi leur a emboîté le pas. "Cette victoire montre la confiance du peuple du Bangladesh en vos qualités de dirigeant", a écrit M. Modi sur X à l'intention du chef du BNP.
- "Tolérance et respect" -
Alors que les relations entre les deux voisins se sont nettement dégradées depuis 2024 et l'exil en Inde de Mme Hasina, M. Modi a ajouté que "l'Inde continuera à soutenir un Bangladesh démocratique, progressiste et inclusif".
La commission électorale n'a pas encore publié de résultats officiels.
"Nous allons nous joindre à l'effort de reconstruction du pays que va engager Tarique Rahman", a réagi, enthousiaste, auprès de l'AFP un partisan du BNP, Md Fazlur Rahman, 45 ans.
Agé de 60 ans, le probable futur Premier ministre est l'héritier d'une longue dynastie politique.
Rentré en décembre de dix-sept ans d'exil au Royaume-Uni, il a pris la succession à la tête du BNP de sa mère Khaleda Zia, trois fois Première ministre, après sa mort quelques jours plus tôt.
Dans une déclaration jeudi soir, le chef du gouvernement provisoire et prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a exhorté les partis à respecter les usages démocratiques, à faire preuve de "tolérance et de respect"
"Nous devons rester unis dans l'intérêt national", a insisté Muhammad Yunus, 85 ans, qui a annoncé qu'il se retirerait sitôt les résultats officiels proclamés.
Après une campagne souvent tendue, parfois violente, le scrutin de jeudi s'est déroulé sans incident majeur.
- "Changement" -
De nombreux électeurs se sont réjouis de pouvoir voter, dans une ferveur inédite depuis l'élection de Mme Hasina en 2009. Les scrutins qui ont suivi ont tous été boudés par l'opposition ou dénaturés par des fraudes massives.
"Tant que la Ligue Awami (le parti de Mme Hasina) était là, les gens pensaient qu'ils dirigeraient le pays pour toujours", a commenté jeudi Mahfuz Rahman, 52 ans. "J'ai de la chance d'être témoin du changement."
Fers de lance des émeutes meurtrières de l'été 2024, les jeunes - les 18-37 ans constituent 44% du corps électoral - espèrent des changements profonds, dans un pays à l'économie en panne et malade de la corruption.
"C'est la première fois que je vote et, après tout ce que nous avons vécu ces dernières années, j'espère enfin quelque chose de positif", a déclaré à l'AFP Shithi Goswami, une étudiante de 21 ans qui a voté à Dacca.
Les électeurs bangladais se sont également prononcés jeudi par référendum sur une série de réformes institutionnelles destinées éviter le retour d'un régime autoritaire.
Selon les estimations publiées par les télévisions locales, le "oui" l'emporte largement.
De son exil indien, Sheikh Hasina, condamnée à mort par contumace pour la répression de la révolte de 2024, a dénoncé dans une déclaration publiée par son parti un scrutin "illégal et inconstitutionnel".
D. Carvalho--JDB