Acte III de la colère sociale: des échauffourées lors des premières dispersions
Les cortèges de l'acte III de la colère sociale, qui ont réuni entre 320.000 et 500.000 personnes, se sont généralement déroulés dans le calme mais des échauffourées ont éclaté lors des premières dispersions par les forces de l'ordre.
Au total 320.000 personnes ont manifesté dont 70.000 à Paris, selon les autorités qui avaient dénombré la semaine dernière 410.000 personnes. Pour sa part , l'Intersyndicale de la jeunesse a avancé le chiffre de 500.000 manifestants dont 200.000 à Paris.
Sous un soleil radieux, les manifestants, pour certains grimés pour Halloween, ont d'abord marché dans une ambiance bon enfant, à l'écart des centres-villes, encadrés par d'importants effectifs policiers afin d'éviter une réédition des pillages et des dégradations des commerces du 17 octobre (70.000 agents des forces de l'ordre mobilisés).
A Paris, où le défilé cantonné dans l'est de la capitale a atteint sa destination finale en milieu d'après-midi, au moins un engin incendiaire a été lancé en fin de parcours en direction des forces de l'ordre. Des pavés ont été descellés à l'aide de marteaux pour être envoyés sur les policiers.
Les forces de l'ordre ont répliqué en lançant des gaz lacrymogènes et en menant plusieurs charges à coups de matraque, selon des journalistes.
A Marseille, des échauffourées ont eu lieu avec les forces de l'ordre le long d'un parcours improvisé qui a réuni plusieurs milliers de personnes. Aucune manifestation n'avait été autorisée.
A Toulouse, les forces de l'ordre ont fait usage du canon à eau contre une manifestation non autorisée également, qui a réuni plusieurs milliers de personnes, en majorité des jeunes pour certains déguisés.
"Ca me fait peur de voir ce qui se passe dans cette démocratie française, un Etat policier se met en place", a déclaré Eloïse, 35 ans, rencontrée dans le cortège.
- Nouveaux blocages -
L'Union syndicale lycéenne, l'Union étudiante et l'Unef ont appelé à bloquer les lycées et les universités mardi et jeudi. Une journée de grèves et de manifestations est prévue le 5 novembre à l'appel de l'intersyndicale des salariés.
La coordination des gilets jaunes, à l'origine de ces journées, a appelé à faire "un six-seven populaire" en poursuivant "le mouvement les 6 et 7 novembre", au lendemain du 5.
Dans le cortège parisien, les manifestants ont reçu des marques de soutien de riverains depuis leurs fenêtres ou balcons.
Parmi les pancartes aperçues: "alerte climat de vie chère", "pas besoin de lacrymo pour que notre avenir soit flou", "Halloween déguisée en citoyenne vénère", ou le désormais traditionnel "les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête".
Ces derniers jours, les autorités ont tenu un discours alarmiste, craignant de revoir des violences urbaines "comparables à celles du 17 octobre", "tout au long de la journée" de samedi et "à partir de la tombée de la nuit", selon l'entourage du ministre de l'Intérieur.
A Paris, entre "400 et 800 militants d'ultragauche" étaient attendus, selon une source proche. Sur l'ensemble du territoire, 70.000 policiers et gendarmes sont mobilisés.
Rennes comptabilise d'ores et déjà 13.500 manifestants, selon la préfecture, davantage que la semaine dernière. A Strasbourg, la manifestation s'est terminée avec 5.000 personnes tandis qu'un millier de personnes se sont rassemblées à Metz, selon des estimations de l'AFP.
- "Révolution" -
A Bordeaux, la manifestation a réuni moins de personnes que les deux samedis précédents, selon la police qui a dénombré 11.000 manifestants contre 15.500 le 24 octobre. Les syndicats dénombrent eux 70.000 contre 60.000 le 24.
Des manifestations ont aussi eu lieu à Limoges, Poitiers ou La Rochelle, où Kai, 22 ans, est venue "dénoncer la vie chère, la précarité lycéenne et étudiante, la montée du fascisme et du racisme, et plus globalement toutes les formes de discrimination".
"On dit non au prix de la vie, non à l'extrême droite, oui aux revendications des lycéens, oui à la parole des citoyens", déclare Camille Guérin, une manifestante de 31 ans, à Nantes. "Bienvenue en lacrymocratie", pouvait-on lire à Metz.
A Limoges, où l'hôtel de ville a brûlé le 17 octobre, le cortège a approché les 3.000 personnes, comme samedi dernier, avec parmi les pancartes "Mon régime minceur, celui du dictateur".
L'entourage du ministre de l'Intérieur s'inquiète de l'utilisation sur les réseaux des termes "révolution" et "insurrection". Le tout au moment de la fête d'Halloween.
Un nouveau couvre-feu a par ailleurs été décrété dans certains secteurs de Paris pour les nuits de samedi à dimanche et dimanche à lundi de 23H00 à 06H00, une mesure qui se multiplie dans plusieurs villes de France.
"Le prétexte de la nuit d'Halloween ne sera pas un motif légitime pour se dissimuler le visage dans l'espace public" en vue de "commettre des troubles à l'ordre public", a prévenu le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
La loi autorise le port d'un masque dans l'espace public pour une fête, comme Halloween, mais l'interdit aux abords de manifestations qui présentent des risques de troubles à l'ordre public.
Cette troisième journée de mobilisation contre la vie chère s'inscrit dans le sillage du mouvement lycéen et étudiant, qui réclame notamment la suppression de la plateforme d'orientation Parcoursup, la rénovation des établissements et plus d'enseignants.
Plusieurs manifestants, dont des mineurs, ont été grièvement blessés ou mutilés depuis mi-septembre dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre. D'après le ministre de l'Intérieur, 1.193 policiers et gendarmes ont été blessés.
H. Garcia--JDB