Taux directeurs : la Fed s'abstient avant les élections aux États-Unis
La Réserve fédérale américaine (Fed) a juré mercredi qu'elle ne désertait pas le combat contre l'inflation après avoir laissé ses taux d'intérêt inchangés à quelques jours d'élections très disputées aux États-Unis.
La décision n'a pas été unanime : le maintien des taux entre 3,75 % et 4 % a été désapprouvé par deux responsables monétaires sur douze.
La gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland Beth Hammack souhaitaient une hausse d'un quart de point.
Mme Hammack avait fait savoir qu'elle penchait pour une action plus résolue contre l'inflation (une politique monétaire restrictive rend les crédits plus chers dans l'optique de refroidir l'économie et calmer les hausses de prix).
Mme Cook ne s'était pas positionnée publiquement sur le sujet.
Elle est depuis plus d'un an dans le viseur du président Donald Trump qui a tenté de la révoquer, en vain jusqu'ici.
Engagé dans une campagne de pression contre la Fed dont il attend des taux d'intérêt plus bas, le locataire de la Maison Blanche affirme que Lisa Cook s'est montrée malhonnête dans des demandes de prêts immobiliers personnels, ce que la gouverneure conteste. La Cour suprême lui a permis de rester en place.
Le vote "dissident de Cook, son premier depuis qu'elle a rejoint le conseil des gouverneurs (en 2022, NDLR), témoigne de son indépendance face aux pressions politiques et renforce la crédibilité de la Fed", estime dans une note l'économiste du cabinet KPMG Diane Swonk.
La décision sur les taux intervient six semaines après une hausse des taux d'un quart de point qui avait fâché Donald Trump, et moins d'une semaine avant les élections législatives de mi-mandat ("midterms") du 3 novembre.
Selon les sondages, le parti présidentiel est en mauvaise posture et pourrait perdre le contrôle du Congrès.
- "Pas de politique" -
Pour des analystes, l'absence d'amélioration sur le front de l'inflation rend le statu quo monétaire peu logique, sauf à vouloir éviter d'être suspecté de faire le jeu de l'opposition en relevant les taux juste avant les midterms.
L'échéance électorale n'a "joué aucun rôle" dans la décision monétaire, a assuré le chef de la Fed Kevin Warsh en conférence de presse.
Pendant le conciliabule des banquiers centraux, "je n'ai entendu aucune allusion à la politique, aux élections, ni à ce qui va se passer dans la semaine à venir", a-t-il insisté.
Selon le communiqué de l'institution et les propos de M. Warsh, la Fed se donne simplement du temps pour engranger "plus d'éléments" et décider de la suite.
La banque centrale "ne pouvait pas invoquer les élections pour justifier une pause aujourd'hui, elle a donc mentionné le souhait d'obtenir davantage d'informations", affirme Heather Long, économiste pour la banque Navy Federal Credit Union.
Kevin Warsh a présenté l'inflation "trop élevée" comme le principal problème de la première économie mondiale, qui connaît une croissance "robuste" et un chômage faible.
La hausse des prix à la consommation s'est accélérée le mois dernier à 3,7 % sur un an, largement en raison du choc énergétique qui a suivi le déclenchement par Donald Trump d'une guerre contre l'Iran.
"Il semble désormais évident que la question n'est plus de savoir +si+ mais +quand+ il y aura une hausse des taux directeurs", estime Michael Pearce, d'Oxford Economics.
"Les deux votes dissidents, la formulation du communiqué et les déclarations précédentes des responsables laissent tous entendre que la banque centrale relèvera ses taux en décembre", ajoute l'économiste.
- Moins de votes -
Kevin Warsh a par ailleurs annoncé que la Fed votera moins souvent sur ses taux à l'avenir.
En 2027, une réunion sur huit sera consacrée uniquement à la stratégie à long terme. En 2028, ce seront deux réunions sur huit.
M. Warsh, qui a pris les rênes au printemps sur nomination de Donald Trump, avait promis un "changement de régime". Il trouve les décisions inutilement fréquentes et la communication trop abondante.
La Fed pourra toujours, si nécessaire, modifier les taux entre deux réunions ou frapper plus fort (par exemple en bougeant les taux d'un demi point d'un point contre un quart de point traditionnellement).
L. Rodrigues--JDB