Nobel de littérature 2026 : une plume d'Amérique latine pressentie
Largement dominé par des écrivains occidentaux, le prix Nobel de littérature, décerné jeudi, pourrait distinguer une autrice originaire d'Amérique latine ou des Caraïbes, pour diversifier un prix longtemps perçu comme trop masculin et centré sur l'Europe, selon les experts.
Les délibérations du jury et la liste des nominés étant confidentielles pendant 50 ans, un traditionnel jeu de devinettes a lieu chaque année parmi les critiques littéraires de Suède, où sera remis le prix.
Après avoir récompensé László Krasznahorkai, un auteur hongrois, plusieurs critiques littéraires sondés par l'AFP s'attendent à ce que le prix revienne cette fois à une écrivaine qui ne vient pas d'Europe.
Sont citées, parmi les favorites, l'Américano-antiguayenne Jamaica Kincaid, connue pour son œuvre postcoloniale explorant les thématiques d'identité, de famille et de culture, ou encore la Chinoise Can Xue, dont l'univers des romans s'apparente à de la science-fiction.
Les bookmakers parient sur cette dernière. Ou misent sur la Mexicaine Cristina Rivera Garza, l'Espagnol Enrique Vila-Matas, l'Australien Gerald Murnane, sa compatriote Alexis Wright et l'Américain Thomas Pynchon.
"Il est quand même temps que Jamaica Kincaid l'obtienne", estime Victor Malm, chef du service culture du quotidien Expressen. "Elle fait parler d'elle depuis longtemps", abonde son confrère Björn Wiman du quotidien Dagens Nyheter.
- "Trois lignes" -
Son roman d'apprentissage "Lucy" (1990), largement inspiré de sa propre vie, raconte, porté par une plume amère, l'histoire d'une jeune fille aigrie qui quitte les Caraïbes pour les États-Unis, où elle devient jeune fille au pair.
"C'est précisément le genre de livre où il suffit de lire trois lignes pour se dire : +Ok, là, on a affaire à un prix Nobel+", considère le journaliste Björn Wiman.
La choisir pourrait aussi être vu comme un geste politique, Jamaica Kincaid étant une opposante au président Donald Trump.
Longtemps critiquée pour ses choix centrés sur des auteurs occidentaux, l'Académie suédoise, bouleversée par un scandale #MeToo en 2018, a fait peau neuve et plus de la moitié de ses 18 membres ont été remplacés.
Depuis, un lauréat sur deux est une femme.
Elles restent néanmoins encore largement sous-représentées: parmi les 122 lauréats, seules 18 femmes ont obtenu le prix. Et une minorité des auteurs récompensés sont de langues asiatiques ou moyen-orientales.
L'Académie assure qu'elle se focalise uniquement sur la qualité littéraire des œuvres et non pas sur le genre ou le pays d'origine des lauréats.
Mais faute de critères concrets comme pour les prix scientifiques, d'autres éléments sont pris en compte dans les spéculations quand il s'agit du prix littéraire, explique le journaliste Björn Wiman.
"En physique ou en chimie, on peut dire que telle découverte était bien plus importante que telle autre", notamment dans l'impact qu'elle peut avoir dans la vie quotidienne, dit-il. "Mais en littérature c'est différent, il y a facilement 50 à 100 auteurs qui pourraient recevoir le prix".
C'est précisément cela qui rend intéressant de voir comment se répartissent les prix sur le plan géographique, entre les hommes et les femmes, ou encore le message derrière le choix du jury, selon le journaliste.
- "Sombre et violente" -
Et la littérature, dans tout ça?
Lina Kalmteg, de la radio publique suédoise SR table sur un nouveau genre littéraire qui a émergé en Amérique latine.
"Ces dernières années, il a beaucoup été question du +miracle littéraire latino-américain+, cette nouvelle génération qui a succédé aux auteurs masculins adeptes du réalisme magique, comme Gabriel García Márquez", explique-t-elle.
"Dans ce nouvel essor, ce sont les femmes qui s'imposent, avec une écriture souvent teintée de féminisme, mais aussi souvent assez sombre et violente, ponctuée de touches surréalistes".
L'Argentine Samanta Schweblin, 48 ans, serait un choix intéressant et surprenant. "Mais elle est sûrement encore trop jeune", note la journaliste.
L'Amérique du sud n'a d'ailleurs pas eu de lauréat depuis 2010 avec le sacre du Péruvien Mario Vargas Llosa.
D'autres noms plus récents sont venus s'ajouter aux spéculations ces dernières années, comme l'Allemande Jenny Erpenbeck, et de la Vietnamienne Duong Thu Huong dont les livres n'ont longtemps été lus que par ses compatriotes en exil.
D. Carvalho--JDB