Patrick Martin très offensif contre les politiques avant le débat présidentiel devant le Medef
Le président du Medef Patrick Martin s'est montré très offensif contre les politiques mercredi à l'ouverture de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) à la veille d'un débat très attendu, jeudi, entre les principaux candidats à la présidentielle.
Arrivé poings en l'air au son de la chanson "Du courage" de la Grande Sophie, Patrick Martin, qui a placé cette REF sous ce signe, a donné un avant-goût du débat sur l'économie qui mettra jeudi des entrepreneurs du Medef face à sept candidats, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.
Car, a-t-il prévenu, rappelant que son organisation rassemble 240.000 entreprises ayant 12 millions de salariés, "nous serons omniprésents dans le débat politique".
Le Medef n'a pour l'instant pas l'intention de soutenir tel ou tel, faute de connaître "la réalité et le détail des programmes", a déclaré mercredi sur France Inter Patrick Martin.
"On est démocrates et on se pliera au vote", a-t-il assuré. Dans le Parisien du jour, il affirme aussi : "Nous travaillerons avec ceux que les Français auront portés aux responsabilités, que cela nous plaise ou non : on n'a pas d'autre choix que d'être pragmatiques et de nous adapter aux circonstances".
- "Carcan" -
Pour autant, le mouvement a des voeux précis : "Nos convictions sont libérales (...), nous voulons un programme présidentiel de libertés", a dit M. Martin dans son discours d'ouverture. Et "il faut faire voler en éclat le carcan qui étouffe notre pays et libérer son énergie et ses ambitions".
Dénonçant "le fatalisme ambiant face à la médiocrité de nos performances économiques et sociales", il a noté que "non, la France n’est pas le temple des inégalités de revenus et de patrimoine!" et a lancé "à certains responsables politiques" : "cessez d’entretenir ce mythe et de souffler cyniquement sur les braises de la jalousie! La France est au contraire un des pays les plus égalitaires au monde!"
Le président du Medef a enjoint les candidats à "proposer des choix politiques clairs et courageux". "Est-ce pour eux la garantie d’un échec électoral ? Nous pensons le contraire".
Parallèlement, il s'est montré déçu que les sujets sur lesquels il a suggéré aux autres partenaires sociaux de faire des propositions communes, comme la protection sociale, la jeunesse, l'intelligence artificielle, la démographie ou le dérèglement climatique, "n'avancent pas".
"C’est laisser la main aux seuls politiques, au risque qu’émergent des propositions dogmatiques ou inadaptées", a-t-il déploré, soulignant ensuite sa crainte que ne s'installe dans le pays "la collusion, demain, la collision des prophètes de malheur, de ceux qui font leur lit des peurs et des fractures".
- 82% de pessimistes -
Comme en soutien des propos de M. Martin, les présidents des autres organisations patronales étaient au premier rang de la REF mercredi, y compris Amir Reza-Tofighi, président des Entrepreneurs (ex-CPME), pour sa première sortie publique depuis qu'il a annoncé son cancer dimanche.
Jeudi, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier seront aussi confrontés aux résultats d'une enquête menée auprès de 66.000 chefs d'entreprises par Opinionway pour le Medef, et devront rassurer les patrons.
Car, sans même qu'on leur avance un nom de vainqueur possible, 82% se disent pessimistes face aux effets de la politique économique du prochain président, dont 29% très pessimistes.
Outre ce débat, la REF accueille notamment cette année la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le ministre de l'Économie Roland Lescure et le directeur exécutif de Stellantis, Antonio Filosa.
D'autres candidats possibles ou déclarés à la présidentielle figurent dans des tables rondes ou discussions (Fabien Roussel, David Lisnard, Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, le député socialiste Philippe Brun, Xavier Bertrand…), mais sans participer au débat présidentiel. "Il a fallu faire des choix", souligne-t-on au Medef.
L. Rodrigues--JDB