Le gouvernement français abaisse sa prévision de croissance pour 2026
Le gouvernement a annoncé baisser sa prévision de croissance pour 2026 à l'occasion d'un comité d'alerte des finances publiques réuni mardi sous la houlette du Premier ministre Sébastien Lecornu pour faire le point sur la difficile situation budgétaire française et donner "un cap" en la matière.
A l'ouverture de ce comité peu après 11H00, le ministre de l'Economie Roland Lescure a annoncé que le gouvernement avait revu à la baisse pour la deuxième fois sa prévision de croissance pour 2026, à 0,7%, contre 0,9% attendus en avril, a indiqué son ministère à l'AFP.
Cette révision, attendue, "tient compte d’un début d’année moins favorable qu'anticipé liée notamment à la loi spéciale, ainsi que de la situation internationale, notamment du conflit au Moyen-Orient, même si les signaux sur l’inflation et la consommation sont plus encourageants", a souligné Roland Lescure, cité par Bercy.
Cette nouvelle prévision est en ligne avec celles de l'Insee, du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui tablent aussi sur 0,7% cette année. La Banque de France prévoit une croissance de 0,5%.
Instance associant le Parlement créée en 2025 pour améliorer le pilotage des finances publiques, le comité d'alerte réunit aussi les ministres des Comptes publics David Amiel, du Travail Jean-Pierre Farandou, de la Santé Stéphanie Rist et de l'Aménagement du territoire Françoise Gatel, ainsi que des parlementaires, représentants des élus locaux, de la Sécurité sociale ou des syndicats.
- "We are dans la mouise" -
Ce comité se tient alors que la France affiche l'un des plus importants déficits de la zone euro, à 5,1% du produit intérieur brut (PIB) en 2025, le deuxième derrière la Belgique. Sa dette colossale s'élevait à 3.536,1 milliards d'euros à la fin du premier trimestre, soit 117,5% du PIB.
Le gouvernement s'est fixé comme objectif un déficit de 5% en 2026, mais la tâche s'annonce ardue, alors que la guerre au Moyen-Orient a pesé sur l'économie française.
"La France est un malade chronique", a souligné mardi le rapporteur général du budget au Sénat Jean-François Husson (LR) sur Public Sénat. "On est à l'hôpital dans le secteur des grands brûlés de la dette, de l'impéritie budgétaire et des décisions catastrophiques qui ont été prises pendant trop longtemps".
"Moi aujourd'hui je dis: +allô l'Elysée, Matignon, we are dans la mouise+", a-t-il poursuivi.
De son côté, le rapporteur du budget à l'Assemblée Philippe Juvin (LR) a souligné sur TF1 qu'"un des problèmes majeurs, c'est que nous allons très rapidement être étouffés par la dette, il faut baisser l'endettement" et "donc il faut baisser la dépense".
Pour lui, "quand on refait les calculs, plus d'inflation, moins de croissance, probablement l'effort doit être à 10-12 milliards" d'euros d'économies à faire.
- Coupes supplémentaires -
Lors d'une précédente réunion du comité d'alerte en avril, le gouvernement avait annoncé six milliards d'euros d'économies supplémentaires sur les dépenses en 2026 pour compenser le coût du conflit: quatre milliards d'euros sur l'État et deux milliards d'euros dans "la sphère sociale".
Il avait ensuite détaillé ces coupes: 3,2 milliards d'euros de gels de crédits et 847 millions d'euros d'annulations pour l’État, et la décision de ne pas accompagner la hausse du Smic au 1er juin par des allègements de charges supplémentaires pour les entreprises.
David Amiel a cependant prévenu à plusieurs reprises que d'autres économies seraient nécessaires.
Le président du Sénat Gérard Larcher (LR) avait aussi estimé il y a dix jours à 6 milliards d'euros les coupes supplémentaires à réaliser.
"On va annoncer un cap" mardi, a indiqué David Amiel sur RTL lundi, prévenant que le gouvernement actualiserait ses prévisions de croissance, ferait le point sur l'inflation et sur les dépenses de l'État, de la Sécurité sociale et des collectivités.
Plusieurs mauvaises nouvelles se sont succédé au printemps, dont un recul du PIB de 0,1% au premier trimestre. L'inflation, elle, est montée à 2,4% en mai sur un an, avant de redescendre à 1,8% en juin, après l'accord conclu entre l'Iran et les États-Unis pour cesser les hostilités.
P.A. Mendes--JDB