La Fed divisée pour la probable dernière réunion de Powell comme président
Jerome Powell donne mercredi ce qui devrait être sa dernière conférence de presse en tant que président de la banque centrale des États-Unis (Fed), avant que son successeur désigné par Donald Trump ne prenne les commandes d'une institution divisée.
Avant cela, la Réserve fédérale a annoncé comme attendu le maintien de ses taux directeurs au niveau qui est le leur depuis décembre (entre 3,50% et 3,75%).
La surprise est ailleurs: quatre responsables monétaires ont manifesté leur désapprobation.
L'un (le gouverneur Stephen Miran) parce qu'il voulait une détente immédiate, trois autres (des présidents de Fed régionales) parce qu'ils désapprouvaient la formulation du communiqué final.
Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan sont favorables au statu quo sur les taux mais ne voulaient pas que le texte contienne un "parti pris" suggérant que la Fed est plus encline à baisser les taux qu'à les relever à l'avenir.
C'est la première fois depuis 1992 que la Fed connaît quatre dissensions, a précisé un porte-parole à la presse.
Cela dénote une institution divisée et dans le brouillard.
"Les événements au Moyen-Orient contribuent à un haut degré d'incertitude concernant les prévisions économiques", souligne la Fed dans son communiqué.
La banque centrale estime désormais que l'inflation est "élevée" du fait "en partie de l'augmentation récente des prix mondiaux de l'énergie".
- Warsh en bonne voie -
L'attention va désormais se porter sur l'intervention de M. Powell, qui prendra la parole à 14H30 (18H30 GMT).
Son mandat de président prend fin le 15 mai. L'ex-gouverneur de la Fed (2006-2011) Kevin Warsh est bien parti pour le remplacer dans la foulée.
Une commission du Sénat a donné dans la matinée son feu vert à sa nomination avec les seules voix de la majorité républicaine, les démocrates voyant en lui une "marionnette" du président Trump.
Un vote en séance plénière sera organisé plus tard pour lever les derniers verrous à son accession au sommet de la Fed.
Un tel enchaînement n'était pas assuré il y a quelques jours encore en raison d'un imbroglio.
Un élu du camp présidentiel menaçait de tout bloquer tant que le ministère de la Justice n'abandonnait pas une enquête contre M. Powell, perçue comme une tentative d'intimidation cautionnée par Donald Trump, qui veut remodeler la gouvernance de la Fed et des taux d'intérêt plus bas pour stimuler l'économie.
La procédure judiciaire a été annoncée close vendredi par une procureure proche du président républicain, qui ne l'a toutefois pas totalement enterrée.
Dans ce contexte, Jerome Powell va-t-il partir de la Fed pour laisser le champ libre à son successeur ou rester un haut responsable de l'institution, son mandat de simple gouverneur s'achevant théoriquement en janvier 2028? Il priverait alors Donald Trump de l'opportunité d'attribuer rapidement ce siège à une personne de son choix.
Quoi que M. Powell fasse, sa décision "suscitera des inquiétudes", estime Belinda Roman auprès de l'AFP.
Cette professeure d'économie à l'université texane St. Mary's s'attend à ce que les investisseurs se perdent en conjectures sur les implications pour la politique monétaire, alors qu'ils attendent des banquiers centraux "stabilité et indépendance".
"Si Kevin Warsh veut vraiment abaisser les taux directeurs", souligne-t-elle par ailleurs, "il devra rallier le vote des autres" responsables.
Douze personnes, dont le président de la Fed, votent sur les taux directeurs américains.
G. Lopes--JDB