Après la "saga" du Groenland, l'Otan tente d'empêcher une autre crise
Le Groenland maintenant derrière eux, les pays européens de l'Otan essayent désormais d'éviter la prochaine crise avec Donald Trump, en s'efforçant de monter en puissance au sein de l'Alliance.
Mercredi, l'Alliance a annoncé le lancement d'une nouvelle mission pour renforcer la sécurité dans l'Arctique, une démarche visant en particulier à apaiser les Etats-Unis, un moment tentés d'annexer le Groenland.
Les menaces du président américain concernant cette immense île arctique, territoire autonome sous souveraineté du Danemark, avaient provoqué une des crises les plus graves de l'histoire de l'Alliance atlantique, depuis sa création en 1949.
Les pays européens de l'Otan espèrent que cette "saga un peu folle", selon les termes d'un diplomate à Bruxelles, soit désormais derrière eux.
Avec le lancement de cette mission, baptisée Arctic Sentry (sentinelle de l'Arctique), "je suis pleinement convaincu que cela répondra également aux préoccupations des Etats-Unis", a assuré le ministre néerlandais de la Défense Ruben Brekelmans, peu avant une réunion de ses collègues de l'Alliance à Bruxelles.
Il est temps maintenant de passer au sujet le plus important: le renforcement du pilier européen au sein de l'Alliance, a martelé jeudi son secrétaire général Mark Rutte.
Et sur ce sujet, l'ancien Premier ministre néerlandais s'est dit convaicu que les choses bougeaient, comme jamais depuis qu'il participe aux réunions de l'Alliance.
"Ce que je vois aujourd’hui, c’est un changement de mentalité où les gens comprennent que, oui, il s’agit de dépenser davantage, mais qu’il s’agit aussi d’un devoir de vision et que nous devons le faire ensemble avec les États-Unis", a-t-il assuré jeudi devant la presse, à l'issue de cette réunion des ministres de la Défense de l'Otan.
- "Européanisation" de l'Alliance -
En juillet 2025, les pays de l'Otan, sous pression de Donald Trump, ont décidé à La Haye de consacrer au moins 5% de leur Produit intérieur brut (PIB) à leurs dépenses de sécurité d'ici 2035. Et nombre de pays européens de l'Otan sont encore loin du compte.
"Pour l’Europe, cela signifie aller au-delà des moyens et des intentions pour se concentrer sur les résultats et les capacités", a-t-il averti dans son discours devant ses collègues de l'Otan.
Quant aux Etats-Unis, "nous continuerons à demander, avec respect mais fermeté et constance, un rééquilibrage des rôles et des charges au sein de l’Alliance", a-t-il ajouté.
Un premier signal de cette "européanisation" de l'Otan, selon le terme consacré à Bruxelles, a été donné par les changements récents décidés au sein des différents commandements de l'Alliance.
Les Européens vont prendre la tête des trois commandements opérationnels de l'Otan, dont celui du sud, basé à Naples, et du nord, situé à Norfolk aux Etats-Unis, occupés jusqu'à présent par un officier américain.
C'est une très "bonne nouvelle", s'est félicité un diplomate européen à Bruxelles.
Mais il faut aller plus loin, selon certains diplomates, notamment en termes de dépenses militaires. Car si les Européens ne le font pas, les Etats-Unis "débrancheront la prise", a averti l'un d'entre eux.
"Pour que l'Otan demeure transatlantique, il est nécessaire de la rendre plus européenne", a résumé jeudi le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, dont le pays a promis l'an dernier de presque doubler ses dépenses militaires avant 2029.
"Si l’Europe se hisse à la hauteur de ce moment, si elle assume véritablement la responsabilité première de sa propre défense, alors l’Alliance en sortira plus forte, plus résiliente et mieux préparée aux défis qui l’attendent", a lancé M. Colby en guise d'avertissement.
Le moment de vérité sera le prochain sommet de l'Alliance en juillet à Ankara.
A cette occasion, "nous recevrons notre premier rapport complet sur les dépenses de défense des Alliés", a rappelé mercredi l'ambassadeur américain à l'Otan.
O. Henrique--JDB