Réorganisation sous pression chez Ubisoft, touché par trois jours de grève
Nouvelle semaine mouvementée au sein d'Ubisoft: une grève de trois jours s'ouvre mardi chez le géant des jeux vidéo en pleine réorganisation pour protester contre la quasi-disparition du télétravail et un nouveau plan d'économies, à deux jours de la publication de ses résultats trimestriels.
Des piquets de grève seront organisés dans la matinée devant les studios de l'éditeur à Paris, Bordeaux, Montpellier, Annecy et Lyon et les syndicats appellent à un grand rassemblement devant le siège francilien du groupe à 14H00 à Saint-Mandé (Ile-de-France).
D'autres studios d'Ubisoft dans le monde pourraient se joindre au mouvement, selon les syndicats, et un rassemblement est également prévu devant celui de Milan.
L'annonce le 21 janvier d'une nouvelle organisation interne, au prix de l'annulation de plusieurs jeux et d'une cure d'austérité de 200 millions d'euros sur deux ans, a soufflé sur les braises de la contestation sociale qui avait agité le groupe en 2024 autour d'une réduction du télétravail et des conditions salariales.
Désormais, Ubisoft souhaite revenir à cinq jours de travail en présentiel par semaine, assortis d'un quota annuel de télétravail.
"Il y a de la colère" parmi les quelque 3.800 salariés du groupe en France, assure à l'AFP Pierre-Etienne Marx, membre du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV).
- "Choix désastreux" -
"Les gens à la tête de l'entreprise ont fait des choix industriels désastreux" et "on n'a plus confiance en eux", déplore-t-il.
Il espère un mouvement au moins aussi suivi que les précédents, qui avaient mobilisé plusieurs centaines de personnes, selon les syndicats.
En signe de protestation, plusieurs salariés du studio parisien d'Ubisoft avaient quitté leur poste début février au cours d'une visite du PDG Yves Guillemot, a affirmé à l'AFP un représentant syndical.
L'inquiétude est d'autant plus grande que le groupe a annoncé fin janvier un projet de plan de départs volontaires de 200 personnes au siège d'Ubisoft, qui compte 1.100 salariés.
"C'est potentiellement le prélude à d'autres plans sociaux", s'inquiète un délégué syndical CGT Ubisoft, qui affirme que les effectifs du QG d'Ubisoft ont déjà baissé de 10% en deux ans.
"Ce qui se passe à Ubisoft International risque de se passer ailleurs dans des studios en France", redoute-t-il.
De son côté, la direction assure que le nouveau modèle opérationnel du groupe permettra d'être plus compétitif.
- "Réactions fortes" -
A partir d'avril, cinq structures, appelées "maisons de création", réuniront par spécialité une moitié des studios d'Ubisoft, tandis que l'autre moitié servira de soutien aux différents projets. Les équipes technologiques, de production et marketing et de distribution seront mutualisées.
"Nous sommes conscients que ces évolutions, notamment en matière d'organisation du travail, suscitent des réactions fortes", a déclaré lundi Ubisoft à l'AFP.
Le groupe assure multiplier "des temps d'échange et des réunions d'information" pour répondre aux inquiétudes et conserver "un dialogue ouvert et constructif" avec les salariés.
Mais pour se relancer, Ubisoft a dû faire une croix sur le développement de six jeux, dont le très attendu remake de "Prince of Persia: Les sables du temps", et repoussé la sortie de sept autres.
S'il s'attend à un troisième trimestre légèrement meilleur que prévu, l'éditeur prévoit néanmoins une perte opérationnelle d'un milliard d'euros sur son exercice fiscal annuel, qui se clôt fin mars.
Empêtré dans des difficultés financières et plombé par plusieurs lancements de jeux en demi-teinte ces dernières années, l'action du groupe s'est effondrée de près de 95% en cinq ans sur les marchés.
Soumis à plusieurs plans d'économie, Ubisoft a fermé plusieurs de ses studios à l'étranger, notamment à San Francisco (Etats-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax (Canada).
Il a également mené des restructurations au sein de studios à Abu Dhabi, en Finlande ou encore en Suède.
Le numéro 1 français, qui compte environ 17.000 salariés dans le monde, s'est séparé de plus de 3.000 employés ces dernières années.
H. de Araujo--JDB