Fusillade d'Aubagne : détention requise contre le collégien, "influencé" par les tueries de masse
Le parquet antiterroriste a requis mercredi le placement en détention provisoire du collégien ayant blessé par balles un principal et une enseignante à Aubagne (Bouches-du-Rhône), ce jeune de 14 ans ayant admis "avoir été influencé" par une mouvance fascinée par les tueries de masse.
L'adolescent reconnaît les faits mais assure ne pas avoir "voulu tuer", selon le parquet.
L'adolescent, qui est interrogé au tribunal par un juge d'instruction, est soupçonné de s'inscrire dans une mouvance fascinée par les tueries de masse, avec sa "probable adhésion à la True Crime Community (TCC)", indique le parquet national antiterroriste (Pnat) dans un communiqué.
Toutefois, s'il "admet avoir été influencé" par cette "communauté", le mineur dément "avoir inscrit son action au nom de la TCC", rapporte le Pnat. Le suspect invoque plutôt une "volonté de vengeance, en raison d'un harcèlement des professeurs et ses camarades" non corroboré à ce stade des investigations.
Contrairement à ce qu'ont pu indiquer des fuites sur l'enquête dans la presse, l'adolescent n'a "pas exprimé de regrets" pendant sa garde à vue, a souligné une source proche du dossier à l'AFP.
C'est la première fois que la justice antiterroriste fait le lien en France entre un passage à l'acte et le type de profil de fans de tueries de masse, phénomène né en Amérique du Nord.
- "Massacre" évité -
D'après le récit des procureurs, le jeune a pénétré lundi dans son collège Lakanal, vers 9H20, "intégralement vêtu de noir et ganté". Dans un étui à guitare, il avait dissimulé une arme à feu, une écharpe, trois cagoules, trois polaires, un keffieh et un téléphone portable.
Il a d'abord blessé par balles le proviseur et une enseignante.
Puis, à l'étage, il a tiré au sol "devant une enseignante". Dans une autre classe, il tirait "au-dessus" d'une professeure, "sans la blesser".
L'attaque a pris fin grâce à l'intervention du conseiller principal d'éducation, qui est parvenu à le "désarmer", après avoir pris soin d'évacuer "une partie des élèves et du personnel".
"Cela aurait pu être un massacre", commente auprès de l'AFP une deuxième source proche du dossier. "Le jeune avait pris avec lui plusieurs munitions, dont du calibre 12, mais il a chargé au hasard son fusil et pris du plomb de chasse".
Des incapacités totales de travail de 45 jours et de 10 jours ont été prescrites aux victimes blessées.
L'enquête a initialement été dirigée par le parquet de Marseille. Puis la justice antiterroriste s'en est saisie : plusieurs éléments laissent entrevoir "une entreprise" ayant pour but de terroriser la population, comme "la préméditation" et des "tirs répétés en direction de la seule communauté éducative de façon indiscriminée", a justifié le Pnat.
- "Glorification de la violence extrême" -
Une information judiciaire a été ouverte mercredi pour tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste criminelle, port et transport sans motif légitime d'armes, confiée à trois juges d'instruction.
Dans ce dossier sensible, l'analyse des "très nombreux contenus numériques" sera primordiale pour comprendre ce qui a animé le jeune, relève le ministère public.
"La True Crime Community (TCC) est un réseau virtuel, fondé sur le partage de podcasts, articles, sites internet, réseaux sociaux alternatifs et publications, dont les membres sont fascinés par des meurtres et leurs auteurs", analyse le Pnat.
S'y "détache une sous-communauté vouée aux tueurs de masse qui, par la diffusion massive de contenus ultraviolents, tend à désensibiliser ses adeptes à la violence". "Par une glorification de la violence extrême comme vecteur de lutte contre les difficultés personnelles, la TCC promeut le passage à l’acte par imitation".
- Famille discrète -
Après 48 heures de garde à vue, l'adolescent est interrogé mercredi, en vue de sa mise en examen.
Selon l'une des sources proches, le père est un ancien militaire, détenteur d'armes et munitions en tant que tireur sportif. L'adolescent, Français, a des origines éthiopiennes par sa mère, et deux frères aînés. "C'est une famille qui n'a jamais fait parler d'elle", souligne cette source.
P.A. Mendes--JDB