Jugée pour "un pacte de corruption" avec Ghosn, Dati assène avoir "exercé comme avocate"
L'ex-ministre Rachida Dati s'est efforcée jeudi de démontrer la matérialité de son activité d'avocate rémunérée par une filiale de Renault-Nissan, alors qu'elle est jugée à Paris sur des soupçons de lobbying illégal au Parlement européen, en quête de décisions favorables pour Renault.
Carlos Ghosn, ex-PDG de Renault, "a signé un contrat d'avocat, j'ai signé un contrat d'avocat et j'ai exercé comme avocat", a affirmé Rachida Dati, aujourd'hui âgée de 60 ans, qui a été rémunérée à hauteur de 900.000 euros d'honoraires, entre 2010 et 2012.
Le Parquet national financier estime plutôt que la convention d'honoraires d'avocat du 28 octobre 2009 signée entre elle et Carlos Ghosn, avec une rémunération forfaitaire annuelle de 300.000 euros hors taxes pour l'ex-ministre, a servi à maquiller un travail de défense des intérêts du groupe Renault au sein de l'hémicycle européen, ce que son mandat d'eurodéputée prohibait.
Leur procès, ordonné par deux juges d'instruction pour corruption et trafic d'influence, a démarré mercredi à Paris.
Carlos Ghosn, magnat de l'automobile déchu, y brille par son absence: il s'est réfugié au Liban, où il est hors de portée des mandats d'arrêt japonais et français émis à son encontre.
Sur le banc des prévenus, il n'y a donc que Rachida Dati.
Vêtue d'un blazer beige à carreaux, d'un pantalon et de mocassins noirs, elle garde résolument le visage tourné vers les juges, ne croisant ainsi jamais le regard des associations de lutte contre la corruption et des conseils de la SAS Renault, qui lui font face sur le banc des parties civiles.
Quand l'interrogatoire débute, après une longue intervention de la défense qui conteste la recevabilité de ces parties civiles - la question a été jointe au fond -, l'attitude de la prévenue tranche avec son image de femme politique tempétueuse.
A la barre, Rachida Dati parle vite, et bas. Plusieurs fois, la présidente doit lui demander de répéter pour comprendre comment elle est entrée en contact avec Carlos Ghosn.
"Lorsque j'accouche en 2009, j'annonce au président de la République que je souhaite quitter la vie politique et donc avoir une activité qui ne dépende plus du tout de la politique", raconte l'ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy.
"S'en est suivi beaucoup de tensions": Rachida Dati dit avoir "accepté" de mener campagne pour le Parlement européen, mais sans se "départir" de l'idée d'avoir une autre activité.
Elle vise l'avocature et en informe Carlos Ghosn, alors PDG de Renault, affirme-t-elle. "Je l'ai informé de ma future activité d'avocate. (...) Il m'a rappelée en me disant qu'il était intéressé avec une urgence, sur le Maroc".
Mais "selon l'accusation, il n'y a en procédure que des traces éparses d'activité de Mme Dati" comme avocate, rappelle la présidente. Et parmi ces traces, "la plupart sont en lien avec le Parlement européen".
Le parquet retient à charge contre Rachida Dati trois questions parlementaires liées au secteur automobile et des prises de position favorables au constructeur, résumées dans une note envoyée à Carlos Ghosn en février 2013 à la fin de son contrat - une simple veille juridique, selon elle.
"Je n'y vais pas tant que ça" au Parlement européen, dit la prévenue, affirmant avoir en réalité exercé auprès du Maroc ou encore de l'Algérie pour le compte de RNBV. Elle s'est aussi attachée à montrer la normalité de leur relation de travail. "Je n'avais aucun contact direct avec Carlos Ghosn, je ne l'ai jamais rencontré en tête à tête", a-t-elle encore affirmé à la barre, précisant qu'il y avait toujours des tiers à leurs réunions.
Si l'enjeu politique du procès est moindre depuis son départ du ministère de la Culture et sa sévère défaite dans la course à l'hôtel de ville de Paris, Rachida Dati joue malgré tout devant ses juges son mandat de maire du 7e arrondissement de la capitale. Elle encourt en effet cinq ans d'inéligibilité.
X. Barbosa--JDB