Candidate ou pas? Eligible mais sous bracelet, Marine Le Pen doit trancher
Éligible mais sous bracelet électronique. La justice a ouvert mardi la voie à une possible quatrième candidature à la présidentielle de Marine Le Pen mais en entravant sa liberté de mouvement, elle rend sa décision particulièrement difficile.
La leader du Rassemblement national doit dire au 20H00 de TF1 si elle se lance tout de même dans la course à l'Elysée.
L'audience de la cour d'appel a duré moins de 40 minutes et Marine Le Pen n'a fait aucune déclaration en sortant de la cour d'appel de Paris, peu après 14H00.
Elle a ensuite rejoint l'état-major du Rassemblement national au nouveau siège du parti, rue Cortambert dans le 16e arrondissement de la capitale. Sur place, des cadres comme le député Jean-Philippe Tanguy, le directeur de campagne Julien Sanchez mais aussi son beau-frère et conseiller Philippe Olivier, sans oublier sa soeur Marie-Caroline Le Pen.
Et bien entendu Jordan Bardella, son dauphin, au sort intimement lié au sien: si elle est candidate à l'Elysée, il sera destiné à Matignon; si elle renonce, il se présentera à sa place.
Ils doivent "réfléchir à l'ensemble de la décision", a indiqué l'avocat de Marine Le Pen, Me Rodolphe Bosselut, "partiellement" satisfait de la décision.
Car sa cliente a bien été reconnue coupable de détournement de fonds européens et condamnée en conséquence à 100.000 euros d'amende et 45 mois d'inéligibilité dont 15 ferme, soit exactement la durée écoulée depuis le jugement de première instance. Ce qui la rend donc de nouveau éligible, avec effet immédiat.
- "Liberté des électeurs" -
Mais la cour lui a également infligé une peine de trois ans d'emprisonnement, dont un an ferme à purger à domicile sous bracelet électronique.
Un cas de figure qu'elle avait elle-même envisagé avant la décision de la cour d'appel. Pour exclure d'être candidate dans ces conditions: "ce ne sera pas possible" car "quand on est candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements", disait-elle la semaine dernière.
Peut-elle changer d'avis ? Le jeu des remises de peine pourraient réduire le quantum d'environ six mois, ce qui retarderait une pleine entrée en campagne en janvier.
Il lui faudrait toutefois traîner un boulet que ses adversaires, surtout à gauche, pointent déjà du doigt: "elle est coupable et c'est une délinquante", a asséné le chef des députés socialistes, Boris Vallaud.
Les trois magistrates ont en effet voulu punir des faits "graves", avec "un mode de fonctionnement s'apparentant à une organisation", le tout "commis par des élus en chargé de l'intérêt général dont il est attendu une exemplarité totale".
Mais la cour d'appel a aussi pris soin de souligner l'importance de la "liberté des candidatures", en l'espèce à l'élection présidentielle, tout autant que la "liberté du choix des électeurs". Fautive, mais libre de choisir son destin, en somme.
Pour d'autres, comme l'écologiste Marine Tondelier, "les restrictions du bracelet électronique" semblent "peu compatibles avec une campagne présidentielle".
Idem pour le communiste Fabien Roussel, qui considère qu'"une telle condamnation, quel que soit l'aménagement de la peine, ne peut permettre de se présenter devant les Français". Ou encore le numéro un du PS, Olivier Faure, selon qui "la seule décision moralement acceptable, c'est de se retirer d'une course à la présidentielle dont elle n'a plus la légitimité".
- "Même poil, même bête" -
Si Marine Le Pen arrive à la même conclusion et renonce à briguer l'Elysée, elle devrait aussitôt transmettre le flambeau à son successeur désigné, Jordan Bardella.
Un "plan B" élaboré de longue date et désormais bien assimilé par leurs électeurs: l'un comme l'autre caracolent depuis des mois en tête des sondages, au-delà des 30% d'intentions de vote en vue du scrutin programmé les 18 avril et 2 mai 2027.
Le dauphin est même devenu le favori de l'opinion, devançant systématiquement de quelques points sa mentor, et donc un peu mieux placé pour récolter les fruits d'une stratégie de "dédiabolisation" de l'extrême droite qu'elle a initiée dès son accession à la tête du parti il y a quinze ans.
Beaucoup de leurs rivaux ne cachent pas leur préférence pour un Jordan Bardella jugé plus fragile, du fait de son jeune âge et de sa moindre expérience. Même Jean-Luc Mélenchon se méfie davantage d'une Marine Le Pen qu'il juge "très intelligente".
Le patriarche Insoumis a cependant réagi au verdict en assurant qu'il n'y aurait "rien de changé quelle que soit la candidature" du RN, dont il entend "débarrasser le pays par la voie des urnes". Et de citer un proverbe créole aux airs de défi: "Même poil, même bête (...) Chassons les tous!"
A plus de 3.000 kilomètres, depuis Damas où il était en visite officielle, Emmanuel Macron a lui refusé de s'exprimer sur le sort de celle qu'il a affrontée et battue à deux reprises. "Ce qui est sain pour la démocratie, c'est que le président de la République ne commente pas les décisions de justice", a déclaré le chef de l'Etat.
Une prudence d'autant plus contrainte que le feuilleton judiciaire n'est pas définitivement terminé: les condamnés, mais surtout le parquet général, ont dix jours pour se pourvoir en cassation.
Quoi qu'il advienne, Marine Le Pen a prévenu samedi, devant ses partisans réunis à Liévin, dans son fief du Pas-de-Calais, qu'elle entendait repartir au combat: "nous ne nous découragerons jamais, nous lutterons toujours, nous irons jusqu'au bout, jusqu'à la victoire".
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V. Duarte--JDB