Venezuela : un haut dirigeant de l'opposition arrêté peu après sa libération
Juan Pablo Guanipa, dirigeant de l'opposition vénézuélienne et proche de la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, a été arrêté lundi, quelques heures après sa sortie de prison, à la demande du parquet qui a estimé qu'il avait enfreint les conditions posées à sa libération.
"Le ministère public rappelle que les mesures décidées par les tribunaux sont subordonnées au strict respect des obligations imposées" à M. Guanipa, a expliqué le parquet dans un communiqué, en référence notamment à une interdiction de parler publiquement de son cas.
Le parquet a demandé à la justice que cet ancien vice-président du Parlement de 61 ans soit soumis "à un régime de résidence surveillée".
Après sa libération dimanche après-midi, M. Guanipa s'était rendu à moto devant plusieurs prisons de Caracas, y retrouvant des proches de prisonniers politiques et échangeant avec la presse.
Il y a dénoncé le résultat de l'élection présidentielle de 2024 qui avait permis la reconduction du socialiste Nicolas Maduro, privant l'opposition de la victoire grâce à des fraudes, selon cette dernière.
Dans des déclarations à l'AFP, l'opposant a ainsi appelé au "respect de la volonté du peuple vénézuélien" et à de nouvelles élections : "(...) Le 28 juillet 2024, le peuple s’est exprimé, il y a eu une décision populaire. Respectons-la, c’est le minimum. Tu ne veux pas la respecter ? Alors allons à un processus électoral", a déclaré M. Guanipa.
L'opposant a joui de moins de 12 heures de liberté. Maria Corina Machado avait annoncé dimanche soir qu'il avait été enlevé à Caracas par "des hommes fortement armés".
"Il y a quelques minutes, Juan Pablo Guanipa a été enlevé dans le quartier Los Chorros de Caracas. Des hommes fortement armés, vêtus en civil, sont arrivés dans quatre véhicules et l'ont emmené de force", a écrit la dirigeante de l'opposition sur le réseau social X, exigeant "sa libération immédiate".
Le fils de l'opposant, Ramon Guanipa, a également indiqué que son père avait été kidnappé "par environ dix personnes non identifiées" et son parti, Primero Justicia, a dénoncé un enlèvement de son dirigeant "par les forces répressives de la dictature".
M. Guanipa est la figure la plus emblématique parmi les prisonniers d'opposition.
La dernière apparition publique de l'opposant remontait au 9 janvier 2025, lorsqu'il avait accompagné Mme Machado à un rassemblement de contestataires rejetant l'investiture de Nicolas Maduro pour un troisième mandat consécutif.
- Accusations de complot -
Arrêté en mai 2025 sur des accusations de complot électoral, il avait par la suite été inculpé de terrorisme, blanchiment d'argent et d'incitation à la violence et à la haine.
Outre M. Guanipa, d'autres détenus ont été relachés dimanche : Freddy Superlano, un dirigeant de l'opposition vénézuélienne connu pour avoir remporté le poste de gouverneur de l'Etat de Barinas, la terre natale de l'ancien président Hugo Chávez, et Perkins Rocha, conseiller juridique de Mme Machado.
Freddy Superlano, 49 ans, et Perkins Rocha, 63 ans, avaient été arrêtés il y a un an et demi, après la réélection contestée du président Nicolas Maduro le 28 juillet 2024.
Le 8 janvier, le gouvernement intérimaire vénézuélien a promis, sous la pression des Etats-Unis, un processus de libération d'un "nombre significatif" de prisonniers, un peu plus d'un mois après la capture de M. Maduro lors d'une spectaculaire opération américaine à Caracas.
Depuis, des familles et des ONG dénoncent le fait que l'opération se fasse au compte-gouttes.
L'ONG Foro Penal a recensé au moins 35 nouvelles libérations dimanche. Selon elle, près de 400 personnes détenues pour des raisons politiques ont été remises en liberté depuis le 8 janvier.
Vendredi, le chef du Parlement, Jorge Rodriguez, a promis que la loi d'amnistie serait adoptée définitivement mardi et que les prisonniers politiques "ser(aient) tous dehors" d'ici au 13 février.
"Nous allons réparer toutes les erreurs qui ont pu être commises", avait assuré M. Rodriguez, qui est le frère de la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
H. de Araujo--JDB