La comète 3I/ATLAS probablement beaucoup plus âgée que le Système solaire
La comète 3I/ATLAS, qui traverse à toute vitesse le Système solaire, est probablement bien plus veille que lui et ne ressemble à rien de ce qui a été observé auparavant dans notre coin d'Univers, selon une étude.
Repérée en juillet 2025, elle est seulement le troisième objet interstellaire, c'est-à-dire étranger à notre Système solaire, à jamais avoir été détecté.
Sa luminosité inhabituelle a offert aux scientifiques l'opportunité sans précédent d'étudier un corps céleste provenant d'ailleurs dans la galaxie.
Selon une nouvelle étude publiée lundi dans Nature, elle pourrait être âgée de jusqu'à 12 milliards d'années, trois fois plus que le Système solaire dont la naissance remonterait à "seulement" 4,5 milliards d'années.
Ce qui en fait peut-être "le plus vieil objet jamais observé" autour de notre Soleil, souligne auprès de l'AFP le principal auteur de l'étude Martin Cordiner, astronome à la Nasa.
Cependant, il pourrait exister "des scénarios marginaux" offrant d'autres explications à la composition chimique inhabituelle de la comète, prévient-il.
La nouvelle recherche repose sur le rapport entre des éléments chimiques appelés isotopes, détecté grâce au télescope spatial James Webb et à l’observatoire ALMA au Chili. Ces mesures "révèlent une composition élémentaire différente de tout corps du Système solaire", indique l'étude.
Par rapport aux comètes formées dans le Système solaire, 3I/ATLAS comporte 10 fois plus de deutérium, un isotope de l'hydrogène, qui remplace celui-ci dans l'eau lourde.
"Une telle abondance d'eau lourde ne peut vraiment se produire, selon notre compréhension de l'astrochimie, que dans un environnement très froid", explique M. Cordiner.
- Provenance mystérieuse -
3I/ATLAS est donc vraisemblablement un des objets les plus froids jamais détectés dans notre système, les indices isotopiques suggérant qu'il s'est formé dans un environnement avoisinant les -243 degrés Celsius.
La provenance exacte de la comète dans la Voie lactée reste un mystère.
Mais les scientifiques pensent que ces objets interstellaires se forment de la même manière que ceux qui naissent dans notre voisinage, en étant éjectés durant la formation violente d'une nouvelle planète.
N'étant liée à aucune étoile, 3I/ATLAS a probablement passé des milliards d'années sur "d'immenses trajectoires inimaginables à travers notre galaxie", raconte M. Cordiner.
Les scientifiques ont également détecté une absence inhabituelle d'enrichissement chimique dans la comète, suggérant qu'elle s'est formée relativement près de zones de naissance d'étoiles.
Elle pourrait même être le "vestige" d'une ère appelée "midi cosmique" au cours de laquelle beaucoup d'étoiles sont apparues il y a environ 10 milliards d'années, précise M. Cordiner.
Deux autres objets interstellaires avaient été repérés auparavant, 1I/'Oumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019. Mais aucun des deux n'était suffisamment lumineux pour permettre aux scientifiques de recueillir des données isotopiques.
Le médiatique astronome américain Avi Loeb, enseignant à Harvard, avait suscité la controverse en avançant que 'Oumuamua pouvait être un vaisseau extraterrestre, et a émis des suppositions similaires pour 3I/ATLAS.
A des années-lumières de cette théorie, battue en brèche par la Nasa et le très sérieux institut américain de recherche d'une intelligence extraterrestre (SETI), les astronomes sont enthousiasmés par les résultats "sans précédent" des observations menées sur la comète.
"Jusqu'à ces mesures, on ne pouvait que rêver" d'obtenir ce genre d'informations sur un objet interstellaire, souligne auprès de l'AFP Darryl Seligman, de l'Université d'Etat du Michigan.
L'âge de la comète reste incertain, selon ce chercheur qui a travaillé sur 3I/ATLAS mais n'a pas participé à l'étude. Mais, "il est raisonnable de parier qu'elle est plus vieille que quoi que ce soit dans le Système solaire", estime-t-il.
3I/ATLAS est en train de quitter le Système solaire et n'y reviendra jamais, ce qui rend les observations de plus en plus difficiles.
Mais les astronomes s'attendent à repérer de nombreux autres objets interstellaires dans les années à venir, en particulier grâce au nouvel observatoire Vera C. Rubin installé au Chili.
"Nous n'en sommes qu'au début d'une nouveau domaine passionnant. Nous avons encore beaucoup à apprendre sur ces objets et ce qu'ils peuvent nous dire de la galaxie", s'émerveille M. Cordiner.
R. Borges--JDB