La canicule enchaîne les records, Lecornu mobilise le système de santé
Après des records de température et la nuit la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1947, le Premier ministre Sébastien Lecornu a sonné mardi la mobilisation du système de santé alors que la canicule continue de s'étendre, mettant les infrastructures et les organismes à rude épreuve.
Plus de la moitié du pays restera placée en vigilance rouge mercredi par Météo-France, fait sans précédent.
Avec un total de 58 départements, 44 millions d'habitants seront concernés par cette vigilance rouge canicule mercredi, selon un calcul de l'AFP. Si l'on ajoute 31 départements en orange, plus de 90% de la population française est exposée à des chaleurs extrêmes.
"On se prépare à la fin de semaine à l'arrivée des potentielles décompensations de patients cinq à dix jours après les premières chaleurs", a expliqué le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
La canicule qui frappe la France et une partie de l'Europe depuis plusieurs jours est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel les températures subies actuellement auraient été 2 à 4°C plus fraîches, selon une étude scientifique publiée cette semaine.
Cette canicule a provoqué "40 morts" par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes", a déploré mardi M. Lecornu, qui présidait une nouvelle cellule interministérielle de crise.
Autre conséquence de cette chaleur hors normes, la centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, a été mise à l'arrêt lundi soir car les eaux de la Garonne, qui refroidissent l'installation, devaient atteindre la limite autorisée de 28°C.
A Paris, la tour Eiffel et le musée du Louvre ont tous deux avancé leur heure de fermeture pour s'adapter à ces températures record. Le Mont Saint-Michel reste ouvert mais invite les visiteurs à reporter leur venue "durant cet épisode de vigilance rouge".
- "Ce n'est plus tenable" -
Météo-France a relevé 40,2°C à Rennes mardi après-midi, 40,3°C à Caen et 42,5°C à Angoulême (Charente). "Des valeurs encore jamais atteintes, tous mois confondus, risquent d'être relevées plus tard dans la journée" dans l'ouest, selon le prévisionniste.
L'épisode perturbe fortement la vie scolaire avec 1.800 établissements scolaires fermés et 8.000 concernés par des aménagements horaires, selon les derniers chiffres donnés par le gouvernement.
A Rennes, où un record absolu de 40,6°C a été enregistré lundi, la population s'adapte tant bien que mal.
Avant de descendre son chien, Jean-Marc, 55 ans, a ouvert grand les fenêtres mais avant 08h00 "il fait quasiment déjà aussi chaud dehors que dedans. Les organismes commencent à souffrir", relève-t-il.
"Au début l'organisme encaisse" mais probablement que d'ici mercredi, "il y aura plus de décompensations psychiatriques, de problèmes de diabète, d'insuffisance cardiaque, d'insuffisants rénaux...", confirme le Pr Louis Soulat, chef des urgences de Rennes et membre du conseil d'administration du syndicat Samu-Urgences de France (SUDF).
Les secours d'urgence sont d'autant plus compliqués par temps de canicule que les chaleurs extrêmes peuvent clouer au sol les hélicoptères sanitaires en réduisant la portance des appareils, les rendant plus dangereux à piloter. Lundi après-midi à Rennes, "on ne pouvait pas voler, il faisait plus de 40°C, c'est trop chaud", explique à l'AFP Béatrice Lefeuvre, assistante de régulation médicale au Samu-Sas de Rennes.
- Ozone et risques d'incendies -
Cette canicule, après une première en mai, est d'une intensité "exceptionnelle, similaire à celle d'août 2003" qui avait fait près de 15.000 morts en France, selon Météo-France.
La chaleur a tué quelque 5.700 personnes en France en 2025 après 3.700 l'année précédente, selon des estimations de l'agence Santé publique France. Les trois quarts des décès concernent des plus de 75 ans.
Ces conditions caniculaires "conduisent à des niveaux d'ozone élevés sur une bonne partie du territoire métropolitain", avertit Prév'air, plateforme nationale de prévision de la qualité de l'air.
Elle favorise aussi les départs de feu, comme dans les Bouches-du-Rhône, classé en danger élevé de feu de forêt, où les pompiers sont en alerte. "Il va falloir surveiller les prochains coups de vent, de mistral, de brise soutenue", a déclaré leur chef, Jean-Luc Beccari.
M. Oliveira--JDB