Présidence du Sénat : Gérard Larcher vers une confortable reconduction, sous l'oeil du nouveau groupe RN
Ténor de la droite, le président du Sénat Gérard Larcher brigue jeudi un nouveau mandat aux commandes de la chambre haute lors d'un scrutin sans suspense, mais non sans nouveauté, car un groupe Rassemblement national siègera pour la première fois face à lui dans l'hémicycle.
Autour de 15H00, les quinze sénateurs issus du RN et de leurs alliés de l'Union des droites pour la République (UDR) pourront découvrir les sièges du Palais du Luxembourg à l'occasion de l'ouverture de la session parlementaire.
Élus dimanche lors des élections sénatoriales qui concernaient une soixantaine de départements français, ils seront emmenés par leur nouvelle présidente Edwige Diaz, désignée par l'état-major du parti mardi.
La rentrée au Sénat se voulait enthousiaste pour l'extrême droite avec cette percée inédite à la Haute Assemblée... Mais les accusations d'antisémitisme visant Jordan Bardella après la publication par Mediapart d'écrits attribués au patron du RN ont nettement terni l'ambiance au sein du parti lepéniste, qui ne comptait que trois élus au Sénat avant dimanche.
Avec quinze voix sur 348, les élus RN-UDR n'auraient quoi qu'il arrive pas pesé lourd dans l'élection du président de la chambre des territoires.
A 77 ans, s'avance en ultra-favori d'un scrutin qu'il a déjà remporté cinq fois. Leader incontesté de la majorité sénatoriale, une alliance entre la droite et les centristes, il devrait être l'unique candidat de tout l'espace allant du centre à la droite... Ce qui lui assure une élection dès le premier tour.
Le sénateur des Yvelines, qui cumule 15 ans de "plateau" - le siège réservé au président du Sénat - repartira donc pour trois ans à défendre cette institution, qu'il présente régulièrement comme un "pôle de stabilité" et un lieu de "contre-pouvoir".
"Le Sénat doit plus que jamais être un acteur majeur de la vie politique française en ces temps d'incertitudes financières, sociales, économiques et politiques", a insisté le candidat dans un courrier adressé à tous les sénateurs pour défendre son projet.
- "Pas une secousse" -
Mercredi, Gérard Larcher aura tout de même quelques opposants : les chefs des groupes socialiste et écologiste, Patrick Kanner et Mélanie Vogel, seront candidats. La présidente du groupe communiste Cécile Cukierman devrait l'être également, a-t-on appris au sein de son groupe.
Quant au RN, il doit décider jeudi matin s'il envoie un candidat ou non, a-t-il fait savoir.
Le résultat, attendu autour de 17h, s'annonce large. "Il fera 215 ou 220 voix au premier tour et puis c'est fini", s'amuse un cadre de la chambre haute.
Ses premiers mots une fois élu seront scrutés, notamment à l'aune de l'arrivée inédite d'un groupe d'extrême droite qui promet de perturber le quotidien apaisé d'une chambre réputée pour ses débats cordiaux et respectueux.
"Gérard est un président d'expérience. Il a traversé des épreuves, des gouvernements successifs d'orientation politique diverses. C'est le personnage le mieux armé pour faire en sorte que l'arrivée de ce groupe soit un événement, et pas une secousse", assure le sénateur LR Roger Karoutchi.
Le Sénat doit rester l'"assemblée du débat apaisé", a déjà prévenu le patriarche de la chambre haute. Prêt à s'ériger en "contre-pouvoir indispensable en démocratie", il a toutefois assuré qu'il permettrait "à chaque groupe d'exercer pleinement ses droits", y compris dans les instances de la haute assemblée.
Un choix qu'une partie de la gauche lui conteste : plusieurs responsables ont en effet appelé à l'instauration d'un "cordon sanitaire" vis-à-vis du RN, en l'empêchant notamment d'accéder à des postes-clés.
"Cela fait longtemps qu'une partie de la droite est sur les mêmes valeurs que le Rassemblement national. Gérard Larcher va devoir clarifier", s'inquiète notamment l'écologiste Mélanie Vogel. "Traiter le groupe RN comme un groupe comme les autres, cela participe à sa normalisation".
P.F. da Conceiçao--JDB