Ulrich Siegmund, le visage souriant de l'extrême droite allemande
Derrière son sourire et son aisance sur les réseaux sociaux, Ulrich Siegmund poursuit un objectif historique : devenir le premier dirigeant d'extrême droite de l'après-guerre à la tête d'une région allemande.
Récemment propulsé à la une du prestigieux hebdomadaire der Spiegel sous le titre "l'homme le plus dangereux d'Allemagne", Ulrich Siegmund a réagi avec ironie, diffusant une vidéo dans laquelle il dédicace le magazine et promet de révéler après les élections de dimanche le montant versé pour une telle publicité.
A 35 ans, il rêve de conduire à la victoire l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti antimigrants, russophile et favorable à Donald Trump, qui devance depuis des mois dans les sondages - de près de 20 points actuellement -, les conservateurs du chancelier Friedrich Merz et de l'actuel dirigeant de la Saxe-Anhalt, Sven Schulze.
Depuis des semaines, ce tribun aux plus de 500.000 abonnés sur Instagram (son principal adversaire, Sven Schulze, en comptabilise 11.400) écume sa région natale, enchaînant les selfies, les autographes sur des tasses et des tee-shirts à son effigie.
Que ce soit au cours d'une chevauchée en Simson, une petite mobylette érigée en symbole de l'identité est-allemande, d'un footing ou dans des fêtes de village avec saucisses et châteaux gonflables pour enfants, il sert des mains et offre parfois des bières, accueilli comme une sorte de rockstar par une foule de tout âge.
- Ostalgie -
"C'est comme un bon copain", déclarait il y a peu à l'AFP un participant de 19 ans à l'un des événements qu'il organisait. Une confession qui illustre à quel point cet homme politique svelte, yeux bleus et mèche poivre et sel plaquée sur le côté, sait se vendre.
Après un apprentissage de commercial et des études de psychologie économique et de gestion des entreprises, il a fondé à Berlin une entreprise spécialisée dans la diffusion de parfums d'ambiance, avant de retourner sur sa terre d'origine, la Saxe-Anhalt.
Né trois semaines après la réunification de l'Allemagne en 1990, il a grandi dans la pittoresque ville médiévale de Tangermünde et assisté à l'idéalisation croissante de la RDA parmi ses concitoyens de l'est, qui arborent parfois dans ses meetings l'ancien drapeau de l'Allemagne communiste.
Une Ostalgie dont il sait se servir, capitalisant sur le sentiment d'injustice de ses électeurs qui s'estiment traités en citoyens de seconde zone par leurs compatriotes de l'ouest, considérés comme étant privilégiés, et face aux immigrés prétendument favorisés.
Ancien membre pendant six ans du parti conservateur, celui du chancelier Helmut Kohl qui avait promis aux citoyens de la RDA un avenir florissant, Ulrich Siegmund a rejoint en 2014 l'AfD, un an après sa création.
S'il accède au pouvoir, il entend mettre en œuvre des mesures qui marqueraient une rupture historique avec l'héritage politique et culturel de l'Allemagne d'après-guerre.
- Interdire les drapeaux arc-en-ciel -
"Dès la première minute" de son entrée dans ses fonctions, il veut ainsi expulser de Saxe-Anhalt les immigrés en situation irrégulière.
Il souhaite aussi dénoncer le contrat régissant les médias audiovisuels publics allemands qu'il accuse d'être biaisés, leur préférant les réseaux sociaux et leurs algorithmes.
Chantre de la famille traditionnelle, il promet d'"interdire l'affichage officiel du drapeau arc-en-ciel (symbole des personnes LGBT+) dans les écoles et veiller en revanche à ce que le drapeau national flotte tous les jours d'école dans les établissements publics".
Comme l'éducation est du ressort des Etats régionaux en Allemagne, il compte aussi supprimer l'obligation de fréquentation de l'école, qui ouvrirait en particulier la voie à l'enseignement à domicile.
Il pense également modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich. Selon der Spiegel, certains de ses collaborateurs ont d'ailleurs été très proches de la mouvance d'extrême droite radicale et néonazie.
Il fait également partie des membres de l'AfD qui ont participé à une réunion en novembre 2023 à Potsdam au cours de laquelle a été évoqué un projet d'expulsion massive d'étrangers et d'Allemands d'origine étrangère.
Marié et père d'une petite fille, il reste discret sur sa vie de famille. Avant leurs noces, son épouse a connu son heure de gloire à l'écran : elle a participé, selon le quotidien Bild, à une émission de téléréalité intitulée "entre tulle et larmes", consacrée aux futures mariées à la recherche de leur robe de mariage idéale.
Y. Machado--JDB