Nouveau front au Moyen-Orient, les Houthis visent des installations pétrolières en Arabie saoudite
Les rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont ciblé samedi des sites pétroliers dans l'Arabie saoudite voisine en riposte à des frappes de Ryad, marquant une intensification des hostilités sur ce nouveau front de la guerre au Moyen-Orient.
Alors que la nuit a été calme en Iran pour la première fois depuis deux semaines, les Houthis ont eux revendiqué des attaques aux missiles et drones sur des sites pétroliers de Saudi Aramco au bord de la mer Rouge - à Jizan, près de la frontière yéméno-saoudienne, et à Yanbu, plus au nord sur la côte.
Une vidéo tournée sur ce deuxième site et vérifiée par l'AFP montre des nuages noirs s'élevant au-dessus de la raffinerie du géant saoudien.
Ryad est pour l'heure resté silencieux, mais la défense civile avait émis une alerte pour les deux villes, avant de la lever. Et les forces aériennes grecques, qui opèrent un système de défense pour l'Arabie saoudite, ont annoncé avoir abattu deux missiles et un drone en provenance du Yémen et se dirigeant vers Yanbu.
Les hostilités ont repris le 13 juillet après quatre ans de trêve entre les Houthis et l'Arabie saoudite, qui avait soutenu militairement à partir de 2015 le gouvernement yéménite contre les rebelles.
Téhéran, qui a régulièrement bombardé ses voisins du Golfe ces derniers mois en réponse aux frappes américaines, semble désormais défier par l'intermédiaire de son allié houthi la coalition dirigée par Ryad.
C'est le contrôle du ciel yéménite qui a réveillé la discorde: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès des autorités saoudiennes, contrairement à l'usage depuis 10 ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de la capitale. En retour, les Houthis avaient attaqué le territoire saoudien, pour la première fois depuis 2022.
- "Coup de tonnerre" -
Ces nouveaux affrontements dans la zone très stratégique qu'est le passage de la mer Rouge, particulièrement depuis que le détroit d'Ormuz est verrouillé de l'autre côté de la péninsule arabique, accroissent les incertitudes et inquiétudes pour le transport mondial des hydrocarbures.
Cette semaine et pour la première fois depuis mai, les cours du pétrole ont de nouveau franchi la barre des 100 dollars, avant de refluer.
Dans une déclaration vidéo samedi, le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a menacé d'une "escalade" dans "les prochaines heures et jours" si le Yémen était à nouveau visé.
La veille, l'Arabie saoudite avait bombardé Hodeida, port contrôlé par les Houthis sur la côte ouest du Yémen.
Faiza, une habitante âgée de 36 ans, raconte avoir entendu trois explosions, comme "un coup de tonnerre". "Je ne voulais pas croire que les frappes avaient repris", dit-elle à l'AFP, alors que le conflit au Yémen a fait des centaines de milliers de morts.
Deux personnes ont été blessées et des installations relevant de l'autorité des télécommunications ont été visées, selon les médias houthis. Une base navale figure aussi parmi les cibles, d'après une source de sécurité yéménite contactée par l'AFP.
La coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite a elle affirmé avoir ciblé des sites militaires houthis en réponse à l'attaque de navires commerciaux, cette semaine en mer Rouge.
La "réponse militaire est désormais terminée", a assuré son porte-parole, Turki al-Maliki.
Mais la situation reste tendue alors que le blocus maritime annoncée par les Houthis se maintient: ils avaient annoncé lundi vouloir empêcher le passage des navires saoudiens en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, une route devenue vitale pour contourner le verrouillage d'Ormuz par Téhéran.
- "Niveau bien pire" -
Face à ce nouveau front, Donald Trump a menacé cette semaine les Houthis et Téhéran d'une "punition militaire majeure".
L'Iran a de son côté connu une accalmie après des bombardements américains sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, dans cette guerre débutée fin février par l'offensive américano-israélienne qui a fait des milliers de morts et ébranlé l'économie mondiale.
Donald Trump a dit laisser la voie diplomatique ouverte et "parler" avec les dirigeants iraniens, tout en n'excluant pas d'infliger à la République islamique "un niveau bien pire" de frappes. Vendredi, des médias américains évoquaient des discussions sur une possible opération militaire à grande échelle.
Depuis la reprise le 7 juillet des hostilités qui ont fait volé en éclats le protocole d'accord conclu mi-juin, la République islamique riposte en frappant les alliés des Etats-Unis dans la région.
Vendredi, elle a revendiqué des attaques contre des installations militaires utilisées par les forces américaines à Bahreïn, en Jordanie et au Koweït.
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H. de Araujo--JDB