Le chef de l'opposition turque quitte son parti et fonde un nouveau mouvement
Le chef de l'opposition turque Özgür Özel a annoncé vendredi avoir quitté, avec 91 députés, son parti historique, le CHP, dont il a été évincé, pour fonder un nouveau mouvement, le Yeni Parti ("Nouveau Parti" en turc).
"Ce matin, avec 91 de nos collègues députés du Parti républicain du peuple (CHP), nous avons remis notre démission du parti et déposé nos requêtes" pour la fondation du Yeni Parti, a affirmé Özgür Özel précisant que sa nouvelle formation sera celle des "des retraités, des travailleurs, des agriculteurs, des jeunes, des femmes, des opprimés, de la Turquie, des kémalistes, des démocrates".
M. Özel a été élu président du Yeni Parti lors d'une réunion qui a suivi des démarches marquées de symboles, comme sa participation à la prière de vendredi dans une mosquée où le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Ataturk, avait aussi prié avant d'inaugurer le premier parlement turc à Ankara en 1920.
"Puisse (cette démarche, NDLR) être bénéfique à notre pays, à notre nation, à notre parti et à nous tous", avait affirmé dans la matinée M. Özel dans une vidéo partagée par son équipe où il est vu, portant une épingle de drapeau turc sur sa veste, en train de signer sa démission et les documents pour fonder son nouveau mouvement.
Avec le départ de 91 députés du CHP en faveur du comité fondateur du "Yeni Parti" ("Nouveau Parti" en turc), ce dernier devient la première force d'opposition au parlement turc, après le parti au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan AKP qui détient 277 sièges.
"Ce n'est pas facile, mais certaines difficultés doivent être surmontées avant de s'engager sur la bonne voie. Puisque l'autre camp était déterminé à bloquer toutes les voies et à ne jamais ouvrir de canaux démocratiques, il n'y avait pas d'autre choix", a affirmé M. Özel aux journalistes.
"Vous êtes avec nous en ce jour si important, si crucial. (...) Je remercie tous ceux qui marchent à nos côtés pour la démocratie, affirmant que la parole appartient à la nation, qu'elle ne réside pas dans des palais, ni entre les mains d'un seul homme. (...) A partir de maintenant, mes amis, marchons sans relâche jusqu'à atteindre le pouvoir", a-t-il précisé.
L'Internationale socialiste (IS) et le Parti socialiste européen (PSE) ont a salué la création du Yeni Parti.
"Le lancement du Nouveau Parti marque un tournant pour les forces progressistes et démocratiques en Turquie. (...) Le PSE soutient Özgür Özel, le Nouveau Parti et tous ceux qui œuvrent pour une Turquie démocratique, libre et juste", a affirmé le PSE.
"L'Internationale Socialiste salue la création du Yeni Parti en Turquie comme un engagement renouvelé en faveur de la démocratie, du pluralisme politique et de l'État de droit. (...) Nous exprimons notre plein soutien à Özgur Özel", a de son côté déclaré l'IS.
Le CHP, parti social-démocrate historique fondé par le père de la république turque, Mustafa Kemal Ataturk, voit sa représentation sérieusement entamée avec une quarantaine de députés restants.
M. Özel, président depuis novembre 2023 de ce qui fut le premier parti d'opposition parlementaire, a été évincé en mai sur décision de justice et remplacé par l'ancien dirigeant du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.
Özgür Özel avait dénoncé une manœuvre du gouvernement destinée à faciliter la victoire du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan lors des prochaines élections, prévues en 2028.
"L'AKP sait qu'il ne peut plus remporter d'élections démocratiques. Il sait que le peuple turc ne veut plus de lui", avait-il estimé.
Bien que M. Özel ait fait appel de la décision, la Cour suprême n'a pu examiner son recours avant sa suspension pour les vacances d'été, ce qui a déclenché sa décision de créer un nouveau parti.
- "Une chemise de feu" -
La décision du tribunal d'Ankara a annulé l'élection à la tête du CHP de 2023 en raison d'allégations d'achat de votes, une mesure largement perçue comme une manœuvre politique visant à faire taire les opposants d'Erdogan.
M. Özel avait déclaré mardi que la Turquie se trouvait à "un carrefour historique".
"Nous ne renonçons pas à nos convictions, au contraire, nous assumons tous un fardeau difficile et risqué pour le bien du pays", a-t-il affirmé, utilisant une expression turque signifiant "revêtir une chemise de feu".
Quelques mois après l'élection de M.Özel à la tête du CHP, le destin de ce parti s'est radicalement transformé, grâce à une victoire écrasante aux élections locales, où il a largement devancé l'AKP du président Erdogan.
Depuis, le CHP fait face à une pression judiciaire croissante, avec l'arrestation de centaines de ses responsables pour des faits présumés de corruption, dont le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoğlu, considéré comme l'un des rares hommes politiques capables de vaincre Erdogan aux urnes.
À ce jour, au moins 27 maires membres du CHP sont incarcérés.
A. Nunes--JDB