Andy Burnham aux portes de Downing Street après la démission de Keir Starmer
Fragilisé depuis des mois, le Premier ministre travailliste britannique Keir Starmer a annoncé sa démission lundi, tandis que son rival Andy Burnham, intronisé député, faisait un pas de plus vers Downing Street.
La position du dirigeant de 63 ans était devenue intenable après l'élection d'Andy Burnham, maire du Grand Manchester, comme député jeudi.
Celui-ci est arrivé tout sourires au Parlement de Westminster où il a prêté serment en début d'après-midi, étape nécessaire pour briguer Downing Street.
Plusieurs médias dont la BBC ont diffusé en direct des images de l'arrivée de son train à Londres, puis son trajet en taxi jusqu'à Westminster, après que l'édile de 56 ans a confirmé lundi sur X qu'il se porterait candidat à la succession de Starmer.
L'ex-ministre travailliste de la Santé Wes Streeting, unique autre candidat déclaré jusqu'ici, a levé le principal obstacle en annonçant dans une lettre se rallier à Andy Burnham.
Keir Starmer, entré à Downing Street il y a moins de deux ans après une victoire écrasante du Labour aux législatives, a informé le roi Charles III de sa décision lundi matin, peu avant de l'annoncer dans un bref discours devant le 10 Downing Street.
"Toutes les décisions que j'ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j'aime. C'est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du Parti travailliste", a-t-il déclaré, la voix étranglée par l'émotion, serrant son épouse Victoria dans ses bras à la fin de son discours.
- Intronisation mi-juillet?
Le Comité exécutif national du Labour doit annoncer l'ouverture des candidatures pour lui succéder le 9 juillet, a précisé le Premier ministre, ajoutant qu'il resterait en poste jusqu'à la désignation d'un successeur.
En l'absence de concurrent, le scénario d'une élection interne semble désormais improbable, et le processus pourrait s'achever le 16 juillet, début de la pause estivale du Parlement.
Andy Burnham pourrait alors entrer à Downing Street dès le 17 ou 18 juillet, selon plusieurs médias.
Avec le départ de Starmer, le Royaume-Uni s'apprête à connaître son septième Premier ministre en dix ans, une instabilité sans précédent dans l'histoire moderne du pays.
Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK en tête des sondages nationaux depuis des mois, a immédiatement appelé à de nouvelles élections législatives.
Mais le Labour garde une large majorité au Parlement, et rien ne l'oblige à organiser des élections avant 2029.
"Les promesses de Keir Starmer ne se sont pas concrétisées", a réagi Phoebe Plugge-Porter, étudiante en médecine de 28 ans rencontrée par l'AFP à Londres, qui s'inquiète de la montée de Reform UK et estime qu'Andy Burnham est "le mieux placé" pour l'endiguer.
Andy Burnham, personnalité politique préférée des Britanniques, selon l'institut YouGov, a été élu député à 54,8% des voix jeudi dans la circonscription de Makerfield, dans le nord de l'Angleterre, battant largement le candidat de Reform UK (34,5%).
Maire du Grand Manchester depuis 2017 et surnommé le "roi du Nord", il a répété pendant la campagne qu'il voulait "changer le Labour et le pays". Il avait échoué à deux reprises à prendre la tête du Labour, en 2010 et 2015.
- Programme "assez vague" -
Reste à savoir si cet homme de 56 ans, plus charismatique que Starmer et qui se dit partisan d'un "socialisme pro-entreprises", pourra apporter le changement réclamé.
Le maire de Manchester, "bon communicant", est resté jusque-là "assez vague" sur un potentiel programme, souligne Tony Travers, expert politique à la London School of Economics.
Les espoirs étaient grands lors de l'arrivée à Downing Street de Keir Starmer, ex-avocat qui a mis fin à 14 ans de règne des conservateurs. Mais, deux ans plus tard, le Royaume-Uni reste confronté à une économie apathique et à une forte hausse du coût de la vie.
Dans son discours, le Premier ministre a vanté son bilan sur l'économie, l'accès à la santé ou le soutien à l'Ukraine, ne concédant aucune erreur.
Il a simplement reconnu avoir entendu le message de son parti et accepté "de bonne grâce" le fait qu'il n'était plus le mieux placé pour mener le Labour à la victoire lors des prochaines législatives.
Le dirigeant est pourtant accusé d'avoir commis plusieurs faux-pas, notamment en nommant Peter Mandelson ambassadeur à Washington. Neuf mois plus tard, celui-ci était limogé après des révélations sur son amitié avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Plus de 100 députés travaillistes réclamaient son départ, soit environ un quart des élus du parti, selon l'agence PA. Plusieurs poids lourds du gouvernement l'exhortaient aussi à fixer une date pour son départ.
R. do Carmo--JDB