Protoxyde d'azote détourné: une euphorie éphémère aux conséquences parfois graves
Maux de tête, vertiges, mais aussi problèmes neurologiques, cardiovasculaires ou psychiatriques: inhalé par des jeunes, collégiens, lycéens et étudiants qui l'utilisent comme une drogue euphorisante, le protoxyde d'azote peut avoir des conséquences graves pour la santé.
Le "gaz hilarant" ou "proto" est du protoxyde d'azote, vendu en supermarché et sur Internet pour un usage alimentaire, comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly, ou utilisé en médecine pour ses propriétés antidouleur.
Mais un usage détourné de ce gaz bon marché s'est répandu ces dernières années dans le milieu festif et parmi des adolescents et des jeunes adultes, qui l'inhalent par le biais d'un ballon de baudruche, après avoir "cracké" la cartouche métallique qui le contient. On retrouve parfois dans le caniveau, jetées une fois vides.
Ces jeunes recherchent un effet euphorisant rapide et fugace, un état de "flottement" et des distorsions sensorielles.
En 2022, 14% des 18-24 ans déclaraient l'avoir déjà expérimenté et plus de 3% en avoir consommé au cours de l'année, selon les données du baromètre de Santé publique France (SPF).
Or les consommations de ces jeunes sont de plus en plus souvent "répétées voire quotidiennes, au long cours et en grandes quantités", décrit la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) sur son site, ce qui explique "le nombre et la gravité des dommages observés" depuis 2020.
Car "en cas de prises répétées et/ou en grande quantité", inhaler du protoxyde d'azote "peut entraîner une dépendance ainsi que des complications sévères, parfois irréversibles, sur le système nerveux et le système cardiovasculaire", avertissaient en avril les trois agences sanitaires françaises (Anses, ANSM, SPF).
Ont été recensés: des complications neurologiques, des douleurs nerveuses intenses, des troubles de la coordination et urinaires, des thromboses (formation de caillots sanguins) pouvant conduire au décès en cas d'embolie pulmonaire et des symptômes psychiatriques (hallucinations, épisodes délirants, troubles de l'humeur).
En 2023, le nombre de signalements liés à la consommation de protoxyde d'azote par les centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance a bondi de 30% en un an, à 472, auxquels s'ajoutent 305 signalements auprès des centres antipoison, en hausse de 20%, dont de plus en plus de cas concernant des femmes.
La même année, pour la première fois, deux bébés dont la mère avait inhalé ce gaz de manière répétée pendant sa grossesse, sont nés en présentant des troubles neurologiques, ce qui a conduit les autorités à alerter les femmes enceintes et en âge de procréer de "risques potentiellement graves pour l'enfant à naître".
Ces signalements montrent aussi un plus grand nombre de cas liés à un usage répété et prolongé, c'est-à-dire supérieur à un an. Parmi eux, 92% font état d'une consommation de doses élevées, quotidienne dans la moitié des cas.
Enfin le protoxyde d'azote modifie les sensations et diminue les réflexes: conduire une voiture, un vélo ou même une trottinette après en avoir consommé, peut être à l'origine d'accidents graves, voire mortels.
En cas de sensation de malaise, de difficultés à respirer ou de troubles de la conscience, il faut composer le 112, le 15 (Samu) ou le 18 (pompiers), et en cas de dépendance, contacter un médecin, Drogues info service (0 800 23 13 13) ou une structure spécialisée dans la prise en charge des addictions (CSAPA).
X. do Nascimento--JDB