Carburants: Lecornu défend les consommateurs, des distributeurs promettent des baisses de prix
Face à l'envolée des prix à la pompe liée à la guerre au Moyen-Orient, Sébastien Lecornu a demandé mercredi des propositions pour protéger les consommateurs, tandis que certains distributeurs anticipent de fortes baisses dès cette semaine.
"Bonne nouvelle, les prix des carburants vont baisser nettement à la pompe dans les prochains jours", conséquence des "variations des cours des produits raffinés", a déclaré sur X mercredi le PDG de Coopérative U Dominique Schelcher, en défendant une marge de distribution qui "n'a jamais été aussi faible".
Plus tôt dans la journée, Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a annoncé "à peu près 30 centimes de baisse par litre" de carburant d'ici à vendredi, et prédit que cette baisse aurait aussi lieu chez ses concurrents Système U, Intermarché et Carrefour, même si le prix de l'essence va encore "faire du yoyo" selon les soubresauts géopolitiques.
Des gestes salués par le gouvernement sur ce sujet sensible à quelques jours du premier tour des élections municipales.
Pour "protéger" les consommateurs de la volatilité des prix, le gouvernement étudie un "plafonnement des marges" ou des mécanismes permettant de "lisser les hausses et les baisses" des prix, a détaillé le Premier ministre en Conseil des ministres, d'après son entourage.
- "Aides ciblées" -
Sébastien Lecornu s'est en revanche dit opposé aux mesures "aussi démagogues qu'inutiles", comme la baisse de la TVA réclamée par le RN, rappelant son échec "édifiant" en Pologne en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Energie, a elle écarté le blocage des prix proposé par la France insoumise, qui porte un "risque de pénurie".
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a lui proposé un chèque énergie "pour les plus vulnérables", et la patronne des Ecologistes Marine Tondelier des "aides ciblées" pour les plus fragiles.
Mais si la crise "devait durer", le gouvernement est "prêt à faire évoluer les dispositions déjà prises", a assuré le Premier ministre, qui reçoit depuis 15H00 les partis politiques pour les informer de "l'état de la menace et du positionnement de la France" face à la guerre au Moyen-Orient, sur les plans énergétique, militaire et diplomatique.
Près d'une cinquantaine de personnes, dont le chef d'état-major Fabien Mandon et plusieurs responsables du renseignement, étaient présentes à cette réunion à caractère confidentiel.
Mme Tondelier a dit en arrivant regarder "avec envie" les "positions courageuses de l'Espagne", qui s'est fermement opposée aux frappes américano-israéliennes menées contre l'Iran, déplorant que l'exécutif français n'ait "pas été capable de combattre fermement des attaques qui se faisaient en dehors de tout cadre international".
Le chef de file des députés PS Boris Vallaud s'est dit comme elle "très inquiet" de ce conflit "déclenché illégalement, donc on peine à mesurer le but et la fin".
- Jouer la "concurrence" -
Portés par le conflit qui paralyse le détroit d'Ormuz, voie de transport cruciale pour les hydrocarbures, les cours du pétrole ont repris leur hausse mercredi.
Pour l'enrayer, les membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont annoncé libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs stocks stratégiques.
Afin d'éviter des hausses "abusives" des prix à la pompe, Sébastien Lecornu a lancé de lundi à mercredi un "plan exceptionnel de 500 contrôles" des stations-service, qui vont "se poursuivre".
Quelque 5% des 513 stations-service contrôlées seront sanctionnées en raison d'"anomalies" sur l'affichage des prix, selon le ministre du Commerce Serge Papin.
Le ministre de l'Economie Roland Lescure a souhaité que les distributeurs de carburants, qu'il réunira jeudi à 09h45, "corrigent" ces éventuelles "anomalies" et que "les brebis galeuses rentrent dans le rang", en suggérant "des campagnes à prix coûtant" ou des campagnes de "plafonnement" comme par le passé.
Il a appelé les consommateurs à "jouer la concurrence" alors que certains distributeurs "sont au-delà et même bien au-delà" des hausses qu'il a calculées d'environ 15 centimes pour l'essence ou de 30 centimes pour le gazole.
Plusieurs professions particulièrement touchées seront reçues à Bercy: les agriculteurs jeudi matin, les pêcheurs vendredi, les transporteurs en début de semaine, puis le tourisme.
La guerre aura "un impact sur la croissance", a reconnu Roland Lescure.
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E. da Cruz--JDB