La guerre au Moyen-Orient s'étend avec des frappes de l'Iran contre des groupes kurdes
De nouvelles explosions ont retenti à Téhéran tôt jeudi matin alors que l'Iran affirme avoir tiré des missiles sur les quartiers généraux de forces kurdes en Irak, nourrissant les inquiétudes sur une extension de la guerre à travers le Moyen-Orient et sur son impact pour l'économie mondiale.
Les gouvernements américain et israélien ont lancé samedi une offensive massive contre l'Iran, qu'ils accusent de vouloir se doter de l'arme atomique et de préparer une attaque.
Privé de son guide suprême Ali Khamenei - tué dès le premier jour - et de militaires de haut rang, Téhéran réplique par des salves de drones et missiles contre Israël et des cibles américaines et alliées dans le Golfe.
L'économie mondiale est "de nouveau mise à l'épreuve" par la guerre au Moyen-Orient, a averti jeudi la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, tandis que la Corée du Sud a annoncé avoir activé un fonds de stabilisation du marché après un plongeon historique de la Bourse de Séoul.
La Chine, craignant des pénuries, a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, a rapporté jeudi l'agence Bloomberg.
- Avertissements -
L'Iran a affirmé avoir tiré des missiles visant les quartiers généraux de forces kurdes dans la région autonome du Kurdistan en Irak, qui accueille des troupes américaines, laissant craindre une extension du conflit.
"Nous avons visé les quartiers généraux de groupes kurdes opposés à la révolution au Kurdistan irakien avec trois missiles", indique jeudi un communiqué militaire cité par l'agence Irna.
Ces frappes qui ont tué un membre d'un groupe kurde iranien en exil, selon un porte-parole, suivent des avertissements des autorités iraniennes.
"Les groupes séparatistes ne doivent pas s'imaginer qu’un vent nouveau s'est levé et tenter d’agir", a prévenu Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.
La porte-parole de la Maison Blanche a démenti mercredi les informations de plusieurs médias américains selon lesquelles les Etats-Unis comptaient armer des milices kurdes contre l'Iran pour susciter un soulèvement, mais a confirmé des discussions entre Donald Trump et "des dirigeants kurdes" sur la base américaine du nord de l'Irak.
- Victoire au Sénat -
Donald Trump a remporté par ailleurs une victoire politique mercredi, avec un vote du Sénat rejetant une résolution visant à limiter ses pouvoirs dans la guerre contre l'Iran, grâce au ferme soutien de la majorité républicaine.
Mercredi, pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, un sous-marin américain a coulé un bateau de guerre iranien dans l'océan Indien.
Les autorités srilankaises, qui mènent les opérations de recherche, ont fait état d'au moins 87 marins tués et de dizaines de disparus.
Washington et Israël affirment que les capacités de riposte iranienne s'essoufflent.
Le nombre de missiles iraniens tirés vers Israël diminue "chaque jour", a déclaré mercredi soir un porte-parole de l'armée israélienne.
"Nous sommes en position de force maintenant", a assuré de son côté le président américain Donald Trump.
L'Iran a néanmoins lancé jeudi de nouvelles salves de missiles contre Israël, ont indiqué l'armée israélienne et les médias d’État iraniens, sans faire de victime, selon un premier bilan.
Des images de l'AFP ont montré un panache de fumée s'élever au dessus de Beyrouth après une frappe sur le sud de la capitale libanaise, bastion du mouvement islamiste Hezbollah soutenu par l'Iran.
Le Liban a été entraîné dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.
"Nous ne nous rendrons pas", a martelé mercredi soir le chef de la formation pro-iranienne, Naïm Qassem, alors que le pouvoir libanais souhaite qu'il rende les armes.
- Le détroit d'Ormuz bloqué -
D'habitude préservées du tumulte de la région, des villes comme Dubaï et Ryad se retrouvent également plongées dans le chaos, entre ambassades américaines fermées, touristes bloqués, milliers de vols annulés, raffineries et pétroliers visés.
Dans le stratégique détroit d'Ormuz, le trafic maritime est toujours paralysé.
Les Gardiens de la Révolution, force chargée des opérations extérieures iraniennes, ont revendiqué mercredi le contrôle "total" du passage, par lequel transitent habituellement 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Dans ce contexte de tension extrême, un pétrolier ancré au large du Koweït a subi une "forte explosion", a indiqué jeudi l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO.
Du pétrole s'est échappé du bateau, mais l'équipage est sain et sauf, selon l'agence.
- Rassemblements pour Khamenei -
Pilonnée sans relâche, Téhéran a des allures de ville morte. Les habitants qui n'ont pas fui évitent de sortir.
"Téhéran est aussi désert qu'hier. Les rues qui ont été touchées (par des frappes) sont bouclées et des employés enlèvent les décombres. Il y a des contrôles de patrouilles de police partout", a témoigné sur Telegram Abid, un habitant de la capitale.
Les autorités ont reporté, sans donner encore de nouvelle date, les obsèques nationales pour Ali Khamenei.
Elles n'ont pas fait de lien avec la situation sécuritaire, invoquant la nécessité de se préparer face à l'affluence attendue.
Mercredi soir, des milliers de personnes se sont rassemblées en divers endroits du pays en hommage à Khamenei, a rapporté la télévision publique iranienne.
Certains participants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël".
burs-myl/vla/lgo/gmo
S. dos Reis--JDB