Nucléaire: Pékin renvoie Russes et Américains dos à dos, l'Otan appelle à la retenue
La Chine a exclu de participer à des discussions sur l'arme suprême et l'Otan a appelé à la retenue jeudi, alors que le dernier traité de désarmement nucléaire liant Etats-Unis et Russie vient d'expirer, ravivant les craintes de prolifération.
"Les capacités nucléaires de la Chine sont à une échelle totalement différente de celles des États-Unis et de la Russie et (elle) ne participera pas à des négociations (...) à ce stade", a déclaré un porte-parole des Affaires étrangères, Lin Jian.
"Ce traité est d'une importance capitale pour la préservation de la stabilité stratégique mondiale".
L'Otan, par la voix de son porte-parole, a dans la foulée appelé à la "retenue et à la responsabilité".
Le traité New Start a pris fin jeudi, le président américain Donald Trump n'ayant pas donné suite à la proposition de son homologue russe Vladimir Poutine de prolonger d'un an les limites imposées aux ogives dans l'accord.
Un plongeon dans une forme d'inconnue stratégique, qui fait craindre, notamment à des survivants japonais des bombes de 1945, que le monde ne se dirige vers une guerre nucléaire.
Terumi Tanaka, coprésident de l'organisation Nihon Hidankyo, qui regroupe des survivants de Hiroshima et Nagasaki en août 1945, craint que le monde ne prenne pas la mesure de la situation. "J'ai le sentiment que dans un avenir pas si lointain, nous aurons réellement une guerre nucléaire et nous irons vers la destruction", a-t-il déclaré.
Des craintes partagées par des scientifiques. Le très sérieux Bulletin of the Atomic Scientists a actualisé fin janvier son horloge de l'apocalypse, qui symbolise depuis 1947 l'imminence d'un cataclysme planétaire.
L'horloge métaphorique, créé en 1947 face à la montée du péril nucléaire et l'affrontement entre les deux blocs pendant la Guerre froide, est désormais à 85 secondes de minuit, l'heure fatidique de la fin du monde.
La fin de New Start intervient dans une période de tensions majeures entre grandes puissances, et de négociations sur le programme nucléaire iranien.
L'expiration du traité "marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationales", a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, exhortant Etats-Unis et Russie à "s'entendre" rapidement sur un nouveau cadre.
"Cette dissolution de décennies d'acquis ne pourrait survenir à un pire moment - le risque d'utilisation d'une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies", a estimé le Portugais.
Le traité est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Signé en 2010, il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et 1.550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.
Son expiration marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, d'autant plus que les inspections ont été suspendues en 2023, après l'offensive russe en Ukraine l'année précédente.
En septembre 2025, Vladimir Poutine avait proposé à Washington de prolonger d'un an les termes du traité, une proposition qualifiée de "bonne idée" par Donald Trump, qui n'a plus donné suite.
- Washington temporise -
Dès mercredi, la Russie avait déclaré n'être "plus liée" par ce traité, partant "du principe que les parties au traité New Start ne sont plus tenues par aucune obligation ni déclaration réciproque".
Mais lors d'une conversation mercredi avec son homologue chinois Xi Jinping, Vladimir Poutine a promis que son pays allait agir "de manière réfléchie et responsable", selon le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov. "Nous restons ouverts à la recherche de voies pour négocier et assurer la stabilité stratégique".
A Washington, les responsables américains temporisent. Lors d'une conférence de presse, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio s'est contenté d'évoquer une intervention ultérieure de Donald Trump, rappelant la volonté américaine d'inclure la Chine dans toute discussion.
Le pape Léon XIV, autorité s'exprimant rarement sur le nucléaire et ses traités, a pour sa part appelé mercredi à "prévenir une nouvelle course aux armements".
Quant aux capitales européennes, elles faisaient porter la responsabilité de l'échec sur Moscou. La France, seule puissance nucléaire de l'UE, a appelé les puissances à oeuvrer pour un système international de maîtrise des armements.
L'ICAN (Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires), prix Nobel de la paix, a pour sa part exhorté Russes et Américains à s'engager à respecter le traité "pendant la négociation d'un nouveau cadre".
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X. do Nascimento--JDB