Le gouvernement va s'opposer à la recherche d'hydrocarbures en Outre-mer
Le développement des outre-mer doit passer par autre chose que par l'exploitation des hydrocarbures, a affirmé mercredi la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, dévoilant la position du gouvernement sur la proposition de loi visant à relancer des projets d'énergies fossiles, examinée jeudi au Sénat.
"Il y a une décision du gouvernement qui est d'émettre un avis négatif sur cette PPL", a affirmé mercredi la ministre à des journalistes, dont l'AFP.
"La France a été porteuse de positions extrêmement fortes sur cette question, elle est à la tête de la coalition Beyond Oil and Gas. C'est sur des choses comme ça que j'ai pu accepter d'être ministre", a poursuivi Monique Barbut qui avait récemment fait planer l'hypothèse d'un départ en cas de soutien gouvernemental à cette proposition de loi.
"Soutenir cette PPL ça rendrait la position de la France intenable à l'international", a-t-elle encore dit mercredi.
A l'initiative du groupe macroniste (RDPI), constitué de nombreux sénateurs ultramarins, une proposition de loi visant "à lever, dans les territoires d'Outre-mer, l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures" arrive au Sénat jeudi.
Interrogé par l'AFP, le groupe RDPI du Sénat a indiqué qu'il "pren(ait) acte de la position du Gouvernement".
- Texte maintenu au Sénat -
"Le texte est bien évidemment maintenu, appuyé par notre ADN ultramarin et notre soutien entier au sénateur Patient et aux Guyanais. Nous souhaitons que le Sénat ait l'opportunité de s'affirmer sur le sujet", a-t-il ajouté.
C'est le ministre de l'Economie Roland Lescure qui défendra la position du gouvernement, a précisé Bercy, qui était lui aussi défavorable à ce texte.
La question du développement des outre-mer par les hydrocarbures n'est pas nouvelle: l'an dernier, le ministre des Outre-mer Manuel Valls avait dit vouloir "ouvrir le débat" sur l'interdiction de l'exploitation des hydrocarbures en France, suscitant l'opposition de ses collègues de l'Environnement, Agnès Pannier-Runacher, et de l'Energie, Marc Ferracci.
Ces tentatives se sont produites alors que la loi Hulot de 2017 interdit toute prospection d'hydrocarbures sur le territoire français, sur terre comme en mer.
Un permis d'exploration de Total (devenu TotalEnergies en 2021) au large de la Guyane avait expiré le 1er juin 2019 sans résultat probant, fermant alors la porte à une éventuelle industrie pétrolière locale.
Le projet de relance des hydrocarbures a fait l'objet d'un désaccord interne au gouvernement, la ministre des outre-mer Naïma Moutchou s'étant montrée favorable au nom du développement économique de la région, face à l'opposition de Monique Barbut.
Plusieurs ONG environnementales avaient fait part aux sénateurs de leur opposition à la proposition de loi, y voyant "une promesse trompeuse et irresponsable".
- Dégâts aux écosystèmes -
"Je ne vois pas en quoi ça règle aujourd'hui la question du développement de la Guyane", a poursuivi mercredi Monique Barbut, qui a ajouté: "en revanche je vois très bien les dégâts qui vont être causés aux écosystèmes. (...) Le reste c'est de l'hypothèse. Et donc c'est un peu cher payé".
Localement la question a de quoi agiter les esprits, car le pétrole brésilien fait des envieux en Guyane, à l'image des deux rives de l'Oyapock, entre la Guyane et le Brésil, où la compagnie pétrolière publique Petrobras fore au large.
Côté français, à Saint-Georges de l'Oyapock, un seul petit hôtel et deux épiceries composent l'essentiel des commerces de la commune de 4.000 habitants.
Côté brésilien à Oiapoque, 30.000 personnes vivent dans une ville devenue un pôle d'attraction pour tout l'Etat de l'Amapa, au niveau de l'embouchure de l'Amazone, profitant des fruits de l'exploitation du pétrole.
Des pays voisins comme le Suriname et le Guyana exploitent aussi des champs de pétrole.
P. Gomes--JDB