La consommation de bio confirme son rebond, mais loin des objectifs
Après plusieurs années difficiles, la consommation de produits de l'agriculture biologique a confirmé au premier semestre son rebond, avec "des signes encourageants" pour la production, cependant loin encore de combler le retard sur les objectifs fixés par la loi.
Cette consommation reprend des couleurs depuis 2025. Elle a continué à croître ces six premiers mois, de 4,8% en valeur et sur toutes les filières, a indiqué mercredi l'Agence bio, agence étatique chargée de promouvoir ce mode de production sans engrais ni pesticides de synthèse.
"Encore une année comme ça et on aura rattrapé complètement les 15% de baisse qu'on a pu avoir" avec la crise inflationniste de 2022, s'est félicité son président, Bruno Martel, auprès de l'AFP.
En particulier ce premier semestre, les ventes ont crû de 9,3% en magasins spécialisés bio, mais aussi de 2% en grande distribution (où se font la moitié des achats).
Depuis un an, les prix des produits conventionnels se sont "beaucoup rapprochés" du bio, et "les transformateurs et les distributeurs ont remis en évidence les produits bio qu'ils avaient parfois délaissés un peu des rayons", explique M. Martel.
Dans le même temps, avec la crise au Moyen-Orient puis l'été caniculaire, "on a vu un citoyen impacté qui est venu en magasin regarder, s'informer sur l'origine et la manière dont sont produits ses aliments", ajoute le responsable, lui-même éleveur de vaches laitières en Bretagne.
Du côté de la production, enfin, la "dynamique est positive", mettant fin à trois ans de recul des surfaces (-130.000 ha, à 2,69 millions fin 2025).
L'an dernier le nombre de fermes en bio reculait pour la première fois. Entre le 1er janvier et le 31 août 2026, le nombre de nouveaux venus en production bio a progressé de 14%, tandis que les arrêts d'activité reculaient de 13%, par rapport à la même période de 2025. Bilan à ce stade: un solde positif de 687 producteurs, dans l'élevage de brebis, le maraîchage, la production de fruits...
- 1% de bio au resto -
"Il y a une reprise du nombre de producteurs, c'est significatif, et effectivement il y a une aspiration nouvelle", dit M. Martel, même si "c'est un balbutiement, pas non plus l'euphorie".
Pour lui, "le retour de la consommation remet du baume au cœur" d'agriculteurs. Ils peuvent "croire en un modèle qui leur permet de gagner leur vie et qui (...) fait partie des solutions sur pas mal de sujets dans un contexte climatique tendu: la souveraineté alimentaire, le captage du carbone, moins d'énergies fossiles consommées..."
Il est cependant trop tôt pour dire que la production de bio augmente à nouveau en France: l'Agence bio attendant les chiffres annuels, notamment des surfaces et cessations, a fortiori après cet été de grandes difficultés pour tout le secteur agricole.
Les agriculteurs bio eux aussi ont vu leur activité affectée. La diversité de leurs cultures a pu un peu les protéger, "mais les maraîchers ont énormément souffert cet été du manque d'offre et de fréquentation des marchés, avec parfois des baisses de 50% du chiffre d'affaires", dit le président de l'Agence bio.
Les objectifs nationaux sont encore loin pour l'agriculture biologique.
Elle représente environ 10% des surfaces agricoles, quand la France vise 21% en 2030. Et elle compose moins de 6% de la consommation à domicile, 6% des achats des 85.000 cantines (20% visés en 2030), et 1% des approvisionnements des restaurants.
M. Martel voit en la grande distribution un levier majeur. "Il faut au moins qu'on ait 10% du linéaire visible en magasin pour laisser le choix au consommateur".
La Journée européenne du bio, ce mercredi, est l'occasion de communiquer. Un symbole: les trois restaurants de l'Élysée proposeront un déjeuner bio à 400 collaborateurs du palais présidentiel.
C. Marques--JDB