Sanofi évince son DG Paul Hudson, remplacé par la patronne de Merck
Après plus de 6 ans à la tête de Sanofi, Paul Hudson, quittera ses fonctions de directeur général le 17 février, le conseil d’administration du groupe pharmaceutique français ayant décidé de ne pas renouveler son mandat d’administrateur.
Sa remplaçante, l'actuelle patronne du groupe pharmaceutique allemand Merck KGaA, Belén Garijo, a été nommée directrice générale par le conseil d’administration et "elle prendra ses fonctions à l’issue de l’assemblée générale du groupe qui se tiendra le 29 avril", a annoncé Sanofi jeudi dans un communiqué.
Dans l’intervalle, Olivier Charmeil, vice-président exécutif Médecine générale, assurera les fonctions de directeur général par intérim, a précisé Sanofi.
La priorité de l'Espagnole Belén Garijo, docteure en médecine, sera d'accélérer "la préparation de l’avenir du groupe", selon le communiqué.
"Elle connaît très bien le groupe Sanofi, où elle a occupé pendant 15 ans des fonctions de premier plan et obtenu de nombreux succès", a souligné le président du conseil d’administration Frédéric Oudéa, cité dans ce communiqué.
A la Bourse de Paris, vers 14H30, l'action reculait de 4,36%, à 78,96 euros, après cette annonce.
"Selon une perception dominante, la nomination d'une DG dépourvue d'un parcours crédible en R&D dans ses fonctions précédentes et qui n'a pas réussi à insuffler de la croissance au sein de l’activité pharmaceutique de Merck KGaA reflète une défaillance de la gouvernance d'entreprise", indiquent des analystes de Jefferies pour qui ce point de vue retenu par le marché "semble sévère" et "réducteur".
Le Britannique Paul Hudson, issu du marketing, avait pris ses fonctions le 1er septembre 2019.
Son départ intervient après de récents revers en recherche et développement (R&D) et une trajectoire boursière en berne, l'action ayant perdu environ 13% en 2025.
L'industrie pharmaceutique est en pleine transformation avec une montée en puissance de l'intelligence artificielle (IA) et de la médecine personnalisée, dans un contexte de pressions sur les prix et de droits de douane imposés par les Etats-Unis.
- "Des difficultés" -
"Un éventuel changement de direction chez Sanofi faisait l’objet de discussions depuis un certain temps, la stratégie de R&D du groupe ayant rencontré des difficultés", selon Jefferies.
Sous Paul Hudson, Sanofi a fait le pari de l'immunologie et a augmenté dès 2023 ses investissements en R&D.
Dans le cadre de ce recentrage, il a vendu l'an dernier sa participation majoritaire dans Opella (Doliprane), pour 10,7 milliards d'euros au fonds d’investissement américain CD&R.
Dès son arrivée, Paul Hudson, ex-Novartis, a misé sur le potentiel de l'anti-inflammatoire vedette Dupixent, avec l'objectif d'élargir les ventes et d'obtenir de nouvelles autorisations thérapeutiques. Un pari réussi.
Lancé sur le marché en 2018, cet anticorps monoclonal utilisé dans des maladies de peau, des sinus, de l’œsophage notamment, a réalisé plus de 15 milliards d'euros de ventes l'an dernier, pesant pour un tiers du chiffre d'affaires.
Mais les investisseurs s'interrogent sur la trajectoire post-Dupixent, son premier brevet devant tomber en 2031, soit dans cinq ans, un horizon très court pour une industrie aux cycles très longs.
Le mastodonte pharmaceutique, à la traîne pour le vaccin contre le Covid-19, doit mettre au point rapidement de nouveaux médicaments pour prendre le relais de son produit phare.
Il a fait plusieurs acquisitions de biotechs pour mettre la main sur de nouvelles molécules en stade avancé.
- "Un vendeur de rêves" -
Mais en 2025, Sanofi a connu plusieurs déconvenues: son candidat‑médicament tolebrutinib contre la sclérose en plaques a subi un double revers en décembre avec l'échec d'un essai clinique avancé dans la forme principale de cette maladie auto-immune et un refus de l’agence américaine du médicament d’approuver le traitement pour une autre forme de la maladie.
Plus tôt, en septembre, le cours de Bourse de Sanofi avait lourdement chuté après les résultats décevants de son traitement amlitelimab contre la dermatite atopique.
En mai, l'action avait pâti de l'échec d'une étude clinique dans la dernière étape avant la commercialisation d'un traitement potentiel contre la bronchite du fumeur.
Paul Hudson a reconnu fin janvier qu’il s’était attendu à des progrès plus rapides.
"Il a été un sacré vendeur de rêves", a réagi auprès de l'AFP Jean-Louis Peyren, secrétaire fédéral du syndicat Fnic-CGT, chargé de l'industrie pharmaceutique.
"On peut espérer" que Belén Garijo "soit plus tournée vers les besoins de santé que vers la communication et vers la finance", a-t-il ajouté.
M. Silva--JDB