Le pape entame sa convalescence dans l'incertitude après le retrait d'un nodule cancéreux
Après la stupeur, l'incertitude : le pape Léon XIV entame mercredi sa convalescence à Rome après s'être vu retirer la veille un nodule cancéreux au poumon, dans l'attente d'analyses qui doivent déterminer si la maladie s'est propagée au-delà de la lésion opérée.
Un coup de froid a soufflé sur le Vatican mardi soir à la publication du bulletin médical annonçant l'ablation du lobe inférieur du poumon droit du pape de 71 ans pour retirer un adénocarcinome, "comme suspecté par les examens préopératoires".
Des examens complémentaires sont en cours pour détecter d'éventuels signes de propagation du cancer. Selon les spécialistes, ils permettront d'indiquer le stade exact de la maladie et les éventuels traitements à suivre, comme une radiothérapie, même si le pronostic reste très positif pour le pape, grand amateur de tennis qui a jusqu'ici affiché une excellente forme.
Robert Francis Prevost a passé une nuit "tranquille" après cette opération, qui a duré environ 90 minutes et "s'est bien déroulée, dans les délais et selon les modalités prévus", avait fait savoir le service de presse du Saint-Siège mardi soir.
Le professeur Federico Venuta, chef du service de chirurgie thoracique de l'hôpital Policlinico Umberto I de Rome, a déclaré mercredi à l'AFP qu'il s'attendait à ce que le chef de l'Église catholique se remette sur pied rapidement.
"En général, dès le premier jour, les patients ayant subi ce type d'intervention sont mobilisés sans attendre", a-t-il expliqué. "Ils passent une radiographie de contrôle, reprennent une alimentation légère avec un petit-déjeuner, puis entament immédiatement la kinésithérapie : plus vite ils se lèvent, mieux c'est."
- Banderoles et bougies -
Léon XIV doit rester hospitalisé environ une semaine au 10e étage de la polyclinique Gemelli, dans le nord-ouest de la capitale italienne, où l'avait été son prédécesseur argentin François. Le Vatican doit communiquer dans les prochaines heures sur l'évolution de son état de santé.
Tous ses rendez-vous ont été annulés jusqu'au 20 octobre. Mercredi, pour la célébration d'une grande messe place Saint-Pierre, il a été remplacé par le nouveau doyen des cardinaux, Mgr Luis Antonio Tagle.
Originaire de Chicago, le premier pape américain, au profil fédérateur et mesuré, a reçu des messages de soutien des quatre coins du monde et des centaines de fidèles ont prié pour lui mardi devant l'hôpital, certains exhibant des banderoles de soutien ou allumant des bougies.
Cette première alerte de santé depuis son élection à la tête de l'Église catholique, le 8 mai 2025, soulève toutefois des questions quant à sa capacité à maintenir le rythme soutenu qu'il s'était fixé, à commencer par un long et ambitieux voyage prévu le mois prochain en Uruguay, en Argentine et au Pérou.
"Au Vatican, entre stupeur et prudence, il faut reconsidérer l'agenda et le voyage", titre mercredi le journal La Repubblica. "Le pape, 90 minutes sur la table d'opération pour une tumeur aux poumons : l'inconnue des engagements futurs", écrit pour sa part La Stampa.
- "Nouvelle phase" -
"C'est une nouvelle phase : on a un pape dont tout le monde disait +il est jeune, actif, sportif+ (..) Là, on a un pape qui a aussi sa fragilité, ce qui va changer son image", a déclaré à l'AFP Hendro Munsterman, théologien et vaticaniste pour le quotidien néerlandais Nederlands Dagblad.
"Cela va peut-être le pousser à accélérer un certain nombre de choses" comme "les nominations" à la Curie romaine. "S'il doit aussi passer par des traitements médicaux, on ne sait pas s'ils peuvent avoir une influence sur son rythme et sur tout ce qu'il peut faire", a-t-il ajouté.
Dans une annonce surprise dimanche, Léon XIV avait déclaré aux fidèles que les médecins avaient découvert ce nodule - une petite excroissance - "à un stade très précoce" lors de récents examens.
Selon la Dr Juanita Mora, porte-parole de l'American Lung Association interrogée par l'AFP, lorsque le cancer du poumon "est détecté à un stade précoce, alors le pronostic est vraiment très très bon, c'est ce que nous espérons et pour quoi nous prions pour le pape Léon".
"Si la tumeur est bien localisée et qu'ils ont retiré le lobe, alors cela pourrait suffire", a-t-elle complété, précisant que le taux de survie à cinq ans de cette forme de cancer, lorsque la tumeur est repérée très tôt, est de "80 à 98%, en particulier après une ablation chirurgicale".
P.F. da Conceiçao--JDB